BALET COMIQVE
DE LA R O Y N E, F A I C T
AVX NOPCES DE MON-
fieur le Duc de loyeufe &C
maciamoy felle de Vau-
demont fa fœur.
PAR
BJLTJSAK DE BEAriOYEVLX,
V^LET DE CHAMBRE DV
Roy j& de la Roy ne fa mère.
A PARIS,
Par Adrianle Roy,Robert Ballard,& Mamcrt
PatifTon ^ Imprimeurs du Roy.
M. D. LXXXII.
AVEC PRIVILEGE.
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in 2014
https://archive.org/details/baletconniqvedelaOObeau
AV ROY DE FRANCE
ET DE POLONGNE.
IRE, D autant qu'en maniant le
gouuernail de lempire François,
vous auez atteint les deux poinds
de la perfedion de toute humaine
adiojlVtile & lagreablealfemble
auffi plus que raifonnable que vos
mérites foyentcelebrezenlVne& en l'autre forte.
Pour IVtile, vos conduites d armées, batailles, ren-
contres, fieges,prires de villes, trophees,voyages &
fceptres , par la dedudion de tous ces fai£ts heroi-
ques,feront aflez de foy cobien yoftre Majefté aura
ferui à la conferuation,reftauration & grandeur de
cefte couronne. Et Thiftoire Françoifepour ce re-
gard, S ir E,vouspourroit bien bailler non pas des
compagnons^ mais bien quelques fecods. Rois à la
vérité replis de beaucoup de valeur,honorezdeplu-
fieurs belles conq'ueftes , & recommandables après
vous à toutlefîecle aduenir. Mais quant à l'agréa-
ble j d aueir: fceu tempérer cefte Martiale inclina-
tion^^de plaifirs honneftes, de paflTetemps exquis, de
récréation ermerueillableen fa variété ^ inimitable
en beauté,incomparable en fadelicieufe nouueau-
té: Ion me pardonnera fi ie maintiens que vous
â.ij.
AV ROY.
n'auczeu ny predeceflèur,ny aurez(commeicpen-
fe ) de fucceATcur. Or comme tous ces faids héroï-
ques pourroyent par ce pere inhumain Saturne,
cftre dcuorez auec fes dents d'obliuion , s'ils n e-
ftoyent garantis par quelques dcfenfes y & mainte-
nus par la protediond Vne hiftoire fameufe : pa-
reillement toutes ces triomphantes allegrefles Fai-
tes pour donner relafche à voftre belliqueufe main,
retourneroyent en leur obfcurité & mefcongnoif-
fance première ^ dont leur mere Inuentionlesaex -
traittes , iî elles n eftoyent par le difcours & Fefcri-
ture confignees à la mémoire. D'en dédier à voftre
Majeftéleliure iln'eft non plus de befoin d*en dé-
clarer icy non les raifons , mais les neceflitez , qu'il
feroit de rapporter à la louange de l'autheur de
toutes chofes , ces belles harmonies du monde que
nous voyons, ces belles variations que nous pro-
duifent les faifons , &c bref tout l'heur &c conten-
tement qu'en cefte bafle demeure nous refpirons.
Voftre Maiefté a elle voulu monftrer combien elle
pouuoit refpandrede douceur, de deledatioU:, &
de bonne odeur de paix fur fon peuple ? A elle vou-
lu rafraifchir faNoblefle de tant de fatigues mili-
taires?Voyla mille plaifirs&palTetempshonneftes^
iauec dexteritez promptes à voftre feruice qui appa-
roifTent^ pour faire cognoiftre à tous lesRoys vos
voifins, & àtous les peuples plus lointains quelle
eft fa grandeur, quelle eft fon obeiflance^ quelle
cft de fon Royaume la fertihté & l'abondance non
feulement en vaillans hommes, mais en grands Ôc
délicats efprics. Et qu'après tant de troubles elle
AV ROY.
pouuoir s'efgayer entre Tes fujers auec plus de fplen-
deur &c magnificence , que ne f(çauroyent faire les
autres monarques auec vne longue paix & tran-
quillité. Et comme la meilleure compofition & ha-
bitude de la perfonne (è cognoift^quâd après quel-
que griefue maladie ^ luy relie encore vne difpofî-
tion que les plus forts & roides feindroyent bien à
vouloir imiter. Ainfi après plufieursdefordres ad-
uenus j voir encore de refte vne fi grande affluence
de bonnes humeurs, vne fi gaillarde difpofirion de
bonnes volontez & de gentils entendemens pour
elFeduer ce qu auez defiré : celaferuira de vraye &
infallible marque de bon ôc folide eftabliflement
de voftre Royaume. le ne veux pas auflî en ceft en-
droit fouftraire l'honneur à ceux qui ont médeci-
ne & penfé la maladie , fingulierement àcefte Pal-
las la Roy ne voftre mere^qui a veillé tant de nuicïis,
employé tant deiours , donné tant de fages cofeils,
& appliqué tant de falutaires remèdes, qu'en fin la
guerifon s'en eft enfuiuie^le beau teint eft rcuenu à
voftre Frâccjle bon appétit de vous fidellement fer-
uir,les iambes & bras robuftes pour vous fecourir,
le cœur & lentendemét fain pour y faire la paix re-
uiure & fleurir.Le difcours de tout cela^S i r e^vous
efticyauvif &plai(amment reprefenté fouzlafa-
buleufe narration de lenchantereflè Circé,laquelle
auez vaincue par voftre vertu auec trop plus de lou-
ange qu Vlyfleiauquel le grâd Alexandre porta en-
uie^^pour auoir efté fi dignemét célébré par Homc-
re.En fome cefera voftre hiftoirc poetique^ou bien
fi lonveuc^comique,quivous fera renommer entre
AV ROY.
toutes manières dliommes» mefmes entreceux qui
ne chercheroy et point les chofes ferieufes.Vous fe-
rez trouué auec lupiter entre la plus part des Dieux
&Deefles3ientensdes aflîftances diuines, extermi-
nant renchantcmcnt du vice. Ainfi voftre nom,
S I R E ^ viura à iamais , parfumé de cefte gracieufc
fenteur non feulement de vertueufe réputation,
mais d agréable dele6tation. Suppliant tres-hum-
blement voftre Maiefté^que puis qu elle a eu agréa-
ble entre tant d autres belles & fuperbes reprefen-
tations^lexccution de mon petit deflein^que la mé-
moire que i en defire perpétuer & comuniquer par
ce petit recueil , à ceux qui ne l'ont point veu , luy
puilfc eftre recommandable. Et comme les viandes
delicieulès quVne faifon dénie à l'autre^ou dont vn
païs eft aduantagé fur les autres contrées voyfînes,
par le moyen de la confiture (è conferuent & fe
tranfportent 5 & donnent de ladmiration & bene-
di£tion au, terroir qui les porte. Ainfi cefte réfe-
ction d'efp rit que vous aueztrouueeplaifante, &
qui ne croift point encore ailleurs qu'au païs de vo-
ftre obei(fance ^ confitte au fucre de voftre bonne
grace^alfaifonnee de voftre confentement^ & con-
fèruce dans la boitte de ce petit monument : puiffe
à toutes les autres nations donner àgoufterdu ne-
étar & de Tambrofie^dont vous vous eftes repeu^S:
auez raffafié les appétits de voftre peuple. Sans tou-
tesfois que iamais le vray gouft puiiîe paruenir à
d autres ^ qu à ceux qui ont confideré par effet la
fplendeur de voftre Maiefté , prefidcnte au mi-
lieu de tant de raritez ^ de tant de fomptuofitez.
AV ROY.
& fans que Ion fepuifle imaginer le bel ordre d Vn
il grand nombre de diucrfitez ^ de tant de diiFeren-
tes,excellentesneantmoins & viuantes beautez^ 6c
de tant d'admirables voiX:, foit pour reciter ^ foit
pour chanter.Ce qu'à la verité^S i r E^n'appartenât
qu a voftre grandeur^ ne vous fera point enuié^ ny
perfonne ne fe promettra, quelque grâd qu'il foit,
de le pouuoir efgaler. La prééminence de cela en
demeurera à vottre Maiefté, comme la prefeance
de fa dignité furpafïe tous les autres Rois Chreftiés.
Inuoquant fur ce le pere vniuerfel tant fauorable
& doux , à ce qu'il luy plaife vous continuer & fes
grâces & ces contentemens iufques à vne telle vieil-
lefle^que Ion puifïè dire de voftre Maiefté,
Et "verras de ta ra ro
Double pofierité:
Etjur les François grâce j
Paix cir filicité.
Voftre très -humble & tres-
obeiffant feruiteur & fujet
De Beavioyevlx.
HENRICO III. REGI FRAN-
CORVM ET POLONORVM
Chriftianiflimo.
V I fiêîofdlfos Uhentes ^there j^eSlant^
Rex H E N R I c E^deos^tantimirdnturamantque
^rtifichybelle quijingit ludicrd^ mirum
Ingenium : Tua te Jèdquàm miratur amatque
Gallia totd mdgis ? Nec enim confiftdjèd ipja
Verd ^flrded fuis dd te defcendit db djlmi
Et tud ne yiBos fe trdnsfugd yertdt dd ho/les ^
En tihiprxcifdsViSioridconfecrdt dlas,
Hdtc J^eBdculd te ducuntjo^c ferid cum^
Serid^qudQ feripoterunt meminijp nepotes,
^Uicis ^ cœlo non tu fimuldchrd deorum^
Qu^deduftd mdnu tibiB elloioivs ojfert:
^tyquibm es chdrmyiniris l^irtutibm ipjos
Fr^JenteSyl^erofque deos [Rexoptimé) yero
In tdmfœlices demittis db dethere term,
Eliciûmne louem fumma deduxit db drce
Sic Numd Rexjlcet hune Fdunm^'Picufque iuudrent?
Qudfulmen tdndem poffetrdtionepidri
Hic piî44 ^ fiépplex tremuld tum liocerogdbdt,
luppiter ocym^l/t concis ordculd yeriis
InuoluityVefugit celer es irdtm in duras,
Sed tibi [Rex H E N R i C e) ^olens deldpfm db dlt9
luppiter ejl cœlo : do cuit quibm drtibm illdy
Quorum idmdudum mifere tud Gallid jldgrdns
^rdebdt ftdmmis^ extinguerefulmind pofps,
His dbedt nunqudm tdm ntdgnu^ Jèdibus hoj^es
luppiter optdmrn , Kdm fi difcedit^in dltum
Te metuo pdriter fecum ne toUdt olympum.
A. P o G OE s AE V s.
AV SIEVR DE BEAVIOYEVX,
SVR LE BALET C O M I QV E
de la Royne.
E A V I o Y E V X , premier des cendres
de la Grèce
Fais retourner au jour le dejfein & fadrejjè
Du BaletcompaJ^e en fon tourmejurê^
^j4t d'-vn ejj^ritdiuin toy mefme tedeuance\
Géomètre jnuentif, unique en ta fcience:
Si rien dhomieurf acquiert Je tien efiajjure.
^jiel honneur d\jlre Jeul qui nous rende honorables
Par tant d'inuent tons ^de fuiets remarquables y
En lin iourfignaléles dejeins d'in grand Roj:
Parangon d'Archimede^à ioindre auec l'ifage
Les traits de ton Jçauoirjuy durant In orage ^
Afaistoy d'ifn temps meilleur hors de guerre & d'e^roj?
Adinerue^que tufiins triompher ennemie
D'ifne Circequi lerfeen nojlreame endormie
Lehreuuagedu vice & fon appajl trompeur^
Ne me femble rien plus que cejle grand' Princejje^
§lui femme d!ln grand Roy ^ lidee de ftgejje,
Rend le vice accablé du Jkix de fa grandeur.
Comme elle luitdiuine en fon ame Royale^
Comme elle a triomphé d'vne Circe inégale^
Puiffe-elle eflrebien tofimere d'yn beau TDaujîn:
Cela feulluy dejkut pour eflre toute heureufe^
Cela Jeul luy promet la fortune amoureufe
D'elle & de fes beaute^j^ compagnes du dejlin.
Billard. -
ê.j.
WffÊ "Dedans tes hauts protêts doéîement recherche^.
Et des vieux monuments de la Grèce arrache^
Pour efiouir nos Rois d'vnjj[feflacle/i rare.
Les Scythes dont le cœurd'^vn rocher fe r empare
Sur Jî douce merueille auroyent les jeux Jiche:(^
Et leurs cœurs amollis ne Jèrojent pltis tache:?^
T>e la fieUeufe humeur d'ifne fierté barbare.
Ta Circe ( Beauioyeux ) ne me charme point tant
^lue les fubtils deflours de ton Balet^d*autant
^i£au celefte Moly l'art de ta Circe cède.
JMais en fi doux plaifirs tellement ie me fins
EnforceUermon ame^& rauir tous mes ficns,
^Iji à grand' peine Mercurejy donroit il remède.
AvGVsT, CosTEVDunoifien.
E S S o V S voûte qui reluit
T>"yn efmail d'a'^r & défiâmes j
Combien ie voj de belles ames
Quynfiaint T>emon guide conduit?
Il ny a rien fi difficile
^J4e par leur trauail honore j
Lefieclenen fioit décoré^
Monftrant leplaifir cir l'iftile
tienne ^mon cherB eavioyevx,
jiutant ioyeufe comme belle ^
Par 'y ne inuention nouueHe
Re/iouit U terre & les deux:
T)u rude dugrojJter'VHlgatrt
Par ton bon &Jaintiugement
Tu te Jepares doucement:
Chafcun ainfine le peut faire.
Le temps quigafle & brife toutj
Sur^n fi riche & do6îe ouurage
Me pourra gangnerauantagCj
Etiamais nen Iferra le boutj
( ê^ue la 'yertu ha de puijfance [)
Luy-mejme fe verra contraint
De garder If n threfi>rfi faint
Pour nos fis c^ui prendront naijfance.
Tant dt ej^rits que Ion liait ejj>arsj
Se cuidans heureux en ce monde ^
N'ay ans de nature Jèconde
Ny la fiience nj les arts^
Sont aucunes en la lumière,
Sontmendians ayant dequoy.
Celuy quifçaitj efi comme Roy
^ui na point goujlé de mifere.
A 'vn dejjèin haut eleue,
lljkutaujjîdes chofes hautes.
jÇfais fi Ion commet quelques fautes j
Tout le monde en efi abreué:
^uelfiiietfiçauroit- on comprendre
Plusgrand^plus haut,& plus noîiueau,
élue celuy qui ton auure beau
Hautement ta jnit entreprendre.
T)e ton labeur parfiit& grand
L'enuieuxne Jçauroitmefdire^
Car tu n'as apprefiéâ rire
Au doéîe ny a l'ignorant:
Mais parles traits de la peinture
Conioints à ceux du naturel^
Ton ouurage s'efl monfiré tel
^J4el*arta furmonté nature.
Aux jeux de mon prince H e n R
ê^ui du Pôle à Vautre contraire
Ira Jes ennemis desjkire^
Efiantdu haut ciel fkuory,
La Ifertu en la yertu mejme
Tu as hen Jceu reprefenter
Parcelle que Ion voit porter
Dejfus le chef If n diadème.
Finement tu nom as monfiré
T>eJfoHS cefie plaijante efcorce^,
Quelevicenaplus defirce
Efiantde vertu rencontre:
Par ton efi^rit fi admirable^
T>e la nuiêltu fiis yn beau iour^
De l'hjuer qui règne a fon tour
Vn printemps du tout 'Variable.
Tu nous Jkis veoirdes Indiens
Sans perd la richejje aimée:
Et la jkçon tant eflimee
T)e nos poètes anciens j
Les l^ers auecques la mu/tquCj
Le Balet conjus mefuréj
T)emonfirantdu ciela'^ré
L'accord parvn effiéîmyjliq^ue.
Pour auoir expérimenté
T>es chofes ^andes & diuerjès^
Tuas a la fnçon des Perjes
Ce Balet nouneau inuenté.
T>*njne ame prudente & parjkitte
Lon parjkit ce qui ejl de grand:
Mais teljruit rarement Je If end:
Bien-heureux celuy qui tachette.
Le prix quon donne au ^vertueux
Pour un Jt digne contrefchangCy
C'ejl lor dvne Jainte louange
^ue tu mérites y beavioyevx:
Vn généreux t ou fiours prêtre
L'honneur au profit & au gain .
Ce threjor plus diuin qu humain
Puijfes-tu auoir pour falairc.
Alla gran virtu non fi puo dare altro
premio che lagloriae lalaude.
Vol vsiAN.
AV LECTEVR.
ovRAVTANT, amy Ledeur, que letilcrc&2
infcription de ce liure eft fans exemple , Se que
Ion n'a point veu par cy deuant aucun Balec
auoiu cftéimpnmé,ny cemot de Comique y
cftrc adapté : ie vous prieray ne trouuer ny Tvn
ny l'autre eftrange. Car quant au Balet, encores que ce foie
vne inuention moderne, ou pour le moins , répétée fi loing
de lantiquité^quelon la puifTe nommer telle: n'eftant à la
vérité que des meflanges géométriques de plufieurs per-
fonnes danfans enfemble fous vne diuerfe harmonie de plu-
fieurs inftruments : ie vous confefTe que Amplement repre-
fenté par Timpreffion , celaeuft eu beaucoup denouueau-
té , ôc peu de beauté , de reciter vne fimple Comédie : auflî
cela n'euft pas efté ny bien excellent,ny digne d'vne fi gran-
de Royne , qui vouloir faire quelque chofc de bien magni-
fique &: triomphant. Sur ce ie me fuis aduifé qu'il ne feroit
point indécent de méfier l'vn de l'autre enfemblémenta^: di-
uerfifier la mufique de poefiej&: entrelacer la poefie de mu-
fique,&: le plus fouuent les cofondre toutes deux enfemble;
ainfi que l'antiquité ne recitoit point fes vers fans mufique,
&: Orphée ne fonnoit iamais fans vers.I'ay toutesfois donné
le premier tiltre & honneur à la dance^& le fécond à la fub-
fl:âce,que i'ay infcritc Comique,pius pour la belle,trâquille,
&: heureufe conclufion où elle fe termine, que pour la qua-
lité des perfonnages^qui font prefque tous dieux &: deefles,
ou autres perfonnes heroiques. Ainfi i'ay animé &: fait par-
ler le Balet,&: chanter & refonner la Comédie: Scyad-
iouftant plufieurs rares &c riches reprefentations orne-
ments 5 ie puis dire auoir contenté en vn corps bien propor-
tionnéj'œiljl oreille, & l'entendement. Vous priant que la
nouueautéjOu intitulation ne vous en face mal iuger: car e-
ftant l'inuention principalemêt compofce de ces deux par-
ties, ie ne pounois tout attribuer au Balet/ans faire tort à la
Comédie, diftinaemcntreprefentecparfesfcenesô'^ ades;
ny à la Comédie fans preiiidicier auBalet, qui honore, ef-
gaye èc remplit d'harmonieux récits le beaufens delà Co-
médie. Ce que m eftant bien aduis vous auoir deu abon-
damment inftruirede mon intention , ie vous prie auffi ne
vous effaroucher de ce nom, &: prendre le tout en auffi bo-
nc part, comme i ay defirc vous fatisfaire pour mon regard.
BALET COMIQ.VE
de la Rojne.
E R o Y ayant conclu &rarrcfté
le mariage d'entre monfieur le
Duc de loyeufe Pair de France,
&rmadamoyfelle de Vaudemonc
fœur de la Royne:deIibera folen-
niferlesnopceSjde toute efpece
de triomphe & magnificence , à fin d'honorer
vne fi belle couple, félon fa valeur & mérite. Pour
ceftefFedtoultre l'appareil des riches habits ^ déli-
cieux feftins, & fbmptueufes malcarades, fa ma-
iefté ordonna encores diuerfcs fortes de courles,
& fuperbes combats en armes ^ tant à la barrière
comme en lice , à pied & à cheual , auec des balets
auffi à pied &c à cheual , prattiquez à la mode des
anciens Grecs^ & des nations qui font auiourdhuy
les plus efloignees de nous : le tout accompagné de
cocerts de mufiques excellentes & non encores ia-
mais ouyes -.faditte maiefté ne voulant rien omet-
tre de ce qui pouuoit entretenir de plus agréable
varieté,la grande & illuftre copagnie qu'elle auoit
faiét conuier àcesnopces. Tous lefquels dclTeins
ont efté depuis exécutez auec vne grande admira-
A.j.
BALET COMI E
tion & mcrueilleux eftonnemenc des afliftans:qui
commencèrent deflors à adioufter foy aux magni-
ficêces & triomphes faits enfemblables occurren-
ces , es courts des plus grands Roys &c Empereurs,
recitez par les anciens Romains^come eftans beau-
coup moindres en toutes leurs parties , que ceux
dont ils auoyent le plaifir & contentement. Mais
en tous ces adles publics, & principalement des
exercices militaires, ce grand Roy par le commun
confentement des Ambafladeurs , a acquis autant
de prix & de vidoire fur les princes & feigneurs de
fon royaume j comme il eft né de foy-mefme auec
plus de gloire & grandeur : fe faifant en cela décla-
rer vrayment digne du nom de Roy y que Cyrus
difoit appartenir feulement à celuy , qui en toutes
chofes vertueufes & louables excelloit ceux fur
lefquels il pouuoit commander. En ce poin£t
toutesfois les fpcitateurs font demeurez en per-
plexité de pouuoirauvrayiuger^ fi les deffeins de
fa maiefté ont efté plus grands pour honorer la fb-
lennité des nopces , que n'a efté la voloté des prin-
ces & feigneurs pour les promptcment exécuter.
Car comme c'eft Tordmaire de fa maiefté , de def-
feigner chofes grandes, il femble toutesfois que
leffeâ: de (es haultcs coceptions ne luy peult tour-
ner à fi grande réputation, comme la grande dcf-
penfe que volontairemét faNobleffe a faitte(pour
luy complaire & obeïr ) mérite de louange. Ayant
fai6t paroiftre par fes deportemens , combien elle
feroit prodigue du refte de fes biens Se de fa pro-
pre vie^ ou il fagiroit delaconferuation de cefte
DE LA ROYNE. t
couronne, & de (on eftac.
OrlaRoyne voyant tant de preparatiffe faire
|)our honorer le mariage de fa rœur,&: que chacun
ai enuy & à qui mieux mieux fc mettoïc en deuoir
pour y donner plaifir & contentement auRoy,à
la Royne fa mere^ô^ à cîle, voulut bien de fa part fe
difpoferàfaire chofe qui fuit digne de fa maiefté.
Et pource qu'elle me fait ceft honneur de n'auoir
point defagrcables les muentions que ie propofc
quelquefois en femblables matières : elle m'en-
uoya querireumamaifon^d où ie partis inconti-
nentpourme rendreàfespieds, & luy faire tref-
humbleferuice. Dés que ie fus arriué à la Cour^fa
maiefté prin t la peine de me faire entendre vnebo-
ne part des appareils ia ordonnez3& me comman-
da luydreflèr quelque deflein, qui ne cedaftaux
autres préparatifs , f uft en beauté de fuieâ: , ou en
l'ordre de la coduide & exécution de lœuure^du-
quel elle difoit fe vouloir mefler^ & eftre mefme
de la partie : à fin que la fefte en eftant ornée & ho-
norée dauantage, elle feift cognoiftre aullî à vn
chacun qu'elle ne cedoit à perfonnecn affedion
& volonté en ucrs ceux, pourlefquels cefdits pré-
paratifs eftoyent dreflez.
Apres auoir receu ce commandement fi exprés,
ie me retiray auflî toft,à fin qu'cfloign é du bruit de
la Cour,i eufle moyen auec plus de repos & liberté
d elprit^ fatisfaire à la volonté & intention de fa
maiefté.Enquoy ayant tenté toutes mesforces par
quelques ioursj finablementie marreftay fur le
defTcin , qui depuis a efté mis à exécution : lequel
BALET COMIQJV-E
ayant rédigé par efcript^ie retournay auflî toft en
Cour,le prefentcr à la Roync,à fin de fçauoir de fa
maiefté , fi elle auoit efté feruie de mon labeur &c
induftrie à fon gré &: contentement. Saditte maie-
fté m'en ayât deflors faid: lire le difcours^en la pre-
fence de plufieurs princeflTes ôc dames qui fe trou-
uerent près d'elle: &: mon œuure ayant efté exa-
miné^faditte maiefté me commanda de prompte-
ment l'exécuter. Surquoy ie luy remonftray que
mon deflfein eftoit copofé de trois parties , fçauoir
des poëfies^qui deuoyent eftre recitees:de la diuer-
fîté de mufiquesjquideuoyent eftre chantées; & de
la variété des chofes^qui deuoy et eftre reprefentees
par la peinture. Quepourlapoefie^^ie cognoiflois
aflez ma petite portee^& qu'à la vérité i'auois aufli
inféré des vers en mon difcours^non pas pour eftre
récitez^ mais pour feruir de proied feulement à
quelque dode & excellent poète d'en faire d'au-
tres , dignes d eftre prononcez en vne fi grande
compagnie Ôc afliftance^ comme celle qui deuoit
eftre honorée de tant de maieftez^& des plus grâds
& rares efprits de ce fiecle. Auflî que pour la mu-
fîque, la diuerfîté y eftoit fi neceflaire , qu'il me fe-
roit impoflîbley pouuoir fatisfaire ôc refpondre
auec le peu de temps qui me reftoit : moins enco-
res à reprefenter par la peinture les chofes necef-
faires. Ne pouuant donc fournir à toutes lefdides
trois parties enfemble , ie fuppliay treshumble-
ment (a maiefté de donner la charge des poefies,
mufiques &: peintures 3 à perfonnes qui peuffent
dignement f en acquider. Et lors fa maiefté ayant
«
DELAROYNE^ 3
mis en confîcleration ce que i auois propofé, à fin
quelle demeuraft mieux feruie^ & plus contente
enlexecution delœuure:, commanda au Heur de
la Chcfnaye AumofnierduRoy^faire les po'éfîes
félon les fuiets que ie luy baillerois. Elle comman-
da pareillemét au fieur de Beaulieu ( qui eft à elle)
qu'il fift Ôc dreffaft en fon logis tout ce qui fe pou-
uoit dire de parfai6t en mufique/ur les inuentions
qui luy feroyent par moy communiquées , fer«
uans au fujed: de la ma tiere. En quoy il s eft fi heu-
reufement comporté ^ que luy ( que les plus par-
faids Muficiens difent exceller en ceft art)s'eft fur-
montéluy-mefme rayant efté fecouru toutesfois
des Muficiens delà chambreduRoy , & fpeciale-
ment de maiftre Salmon , que ledid: de Beaulieu
& autres de telle fcicnce eftiment à bon droiét
beaucoup en fon art. Au regard des peintures,
i'employ ay, par comandement de la Royne, mai-
ftre lacques Patin ^ peintre du Roy : qui s'eft aufii
Iieureufement acquitté deceftc charge ^qu autre
peintre de ce Royaume euft fceu faire : ayant efté
la befongne:> bien que difficile y rendue en peu de
iours, felo la neceffité precife que nous en auions.
Les œuures Se efFe£ls des perfonnages cy deffus
nommez, leur auoyét laifsé alTcz de louage enuers
les perfonnes d entendement , fans qu ils eulTent
befoing d Vne tant infertile plume que la mienne:
toutefois ie n ay peu ny deu lupprimer ce qui leur
appartenoit: par ce que^oultre que ce qui eft loua-
ble doit eftre toufiours exalté & prifé, ie craignois
auffi que taifant le mérite de ceux defquels i ay efté
BALET COMIQUE.
contrainâ: me feruir , ils ne peuflenr m^accufer lé-
gitimement de vouloir m accommoder des plu-
mes d'autruy^àleurpreiudicercome chacun ett ia-
loux de côferuer les rruids de fon iardin.Car moy-
mefme^qui fuis ignorant des loixjfçaurois bien re-
chercher celles qui ont efté introduises contre les
plagiairesjfî quelqu vn vouloit eftre larron de mes
propres inuentiôs, lefquelles i eftimeray toufiours
m'eîlre treshonorables , puis qu'elles ont pieu à la
plus grande Royne du monde. D'ailleurs^ ie peux
aufli participer quelque chofeà llionneur quils
ont j puis que i'ay fceu cognoiftre leur fuffifance^
laquelle ils ont voulu employer pour le feruice de
la Royne/ur mes fuieds & inuentions : qui pour-
ront a uoir plus de grâce , & eftre plus naïfucment
reprefentez , fi premièrement par leis peintures &
defcriptions ie fay veoir les préparatifs & appa-
reils que ie fey drefferen la grande falle de Bour-
bon 3 lieu ou mefdittes inuentions ont cfté exécu-
tées & mifes à efFed.
BALET COMI^VE
Premièrement il Ce faut reprcfcnter qu a lentour
deladittcfalley adeuxgalleries 1 vne lurraucrCja-
uec des accoudouers & baluftrcs dorez : & à vn '
bout de ladidtc fallc qui regarde au Icuant, vous
voyez vndemy théâtre. Là îc fty faire vnDez près
de terre , ayant trois degrez de haulteu r , tout de la
largeur de la falle^ pour feruir feulement d'aflîettc
aux fïeges du Roy, Royne fa mere, princes &r prin-
cefTes : au deuantduquel dez^dvn &d*autreco-
fté,yauoic deux places deftinecs pour IcsAmbalTa-
deurs ; & derriere^quarante efcaliers de bois^de pa-
reille largeur que la falle,allans & montans iufques
à la première des galleries , qui feruoy cnt de ficgc
pour les dames & damoy fclles de la Court:plus au-
tour du bas delafalle,y auoit des efcaliers de bois^
qui fc hauflbyent iufques aux galleries d'en hault.
A main droiilc ^ du colle queftoit la majeftcdu
Roy, & au milieu de la falle, fut drefle vn petit
bocage j contenant dixhuid: pieds de longueur.
Se douze de largeur, facré à Pan dieu des pafteurs:
& eftoit ce bocage cfleué de terre pied & demy,
& en perfpediue, plus hault derrière que deuant^
y ayant tout àl*cntour de fort beaux chefnes e-
floignezdedeux pieds, defquclsles troncs, bran-
chages, fueilles & glands eftoyent dorez , &: faidls
par vn fingulier artifice: en la diftancc de ces ar-
bres y auoit de petites niches, pour y alTcoir les
Nymphes Dryades, lors quil faudroit quellesfy
rtprcfentalTcnt. Derrière le bocage, tour contre la
muraille iefey dreflcr vne grotte, auffi fombre que
le creux de c^tielquc profond rocher : laquelle re-
luyfoit
DELAROYNE, 5
luyfoit &efcIairoitparclehorSjComme fi vn nom-
bre infiny de diamans y euft efté appliqué , eftanc
d'ailleurs accommodée &embellicd'arbres, & re-
ueftu ë de fleurs , parmy lefquelles on voyoit des le-
zars & autres belles fi proprement reprefèntees,
qu on les euft diâ: eftre viues &naturelles.Le fond
de ce bois fe voyoit aufli tapifsé dlierbes & fleurs,
ôc dVne infinité de connils parmy , courans fans
cefTe d vn bout à autre de fes extremitez. Au mi-
lieu duquel à lobiedl de cefte grotte, fut faitte V-
ne motte de terre j qui prenoit fa leuee au pied
d'icelle grotte: fur laquelle eftoit aflîsle Dieu Pan
veftu en Satyre ^enuelopédVn mandillet de toile
d'or^ayant vne couronne d or fur fa tefte^& tenant
en fa main gauche vn bafton noiiaillcux & efpi-
neux, & en la droite fes flageolets ou tuyaux dorez,
defquels il deuoit fonner en temps ordonné. Au de-
dans de la grotte , & derrière l'huys d'icelle j fut di-
fpofeelamufique des orgues doulces^pour iouër
aufli en temps & lieu : d'ailleurs tous les arbres du
bois furent chargez de lampes à huile, faides en fa-
çon de petites nauires dorées d'or de ducat, la mè-
che defquelles faifoit voir la clairté de toutes parts.
Carie bois eftoit voilé d'vn rideau faidt auec tant
d'artifice, qu'au lieu de feruir dempefchcment &
obfcuritéàla chofe,feruoitau contraire de luftre,
pour reprefenter plusnaïfuement le dedans de tout
le contenu au pourpris de ce bocage : vis à vis du-
quel , à la main feneftre du fiege du Roy , fut faide
vne voulte de bois, longue de dixhuid pieds, &c de
neuf delarge,ayantparle deuant fon ouuerture de
. B.j.
BALET COMIQJV^E
rrois pieds feulement de long : au dehors elle eftoic
bouillonnee par tout de grands nuages, & au de-
dans toute dorce d Vn or efclattant & reluyfant^
à caufe de la grande quantité de lumières qui y
cftoit cachée ^ feruant à faire refplendir de telle
forte Tor , que ce lieu paroiflbit quelque partie
du ciel azuré. Au dedans de cefte voulte y auoic
dix concerts de mufîque , difFerens les vns des au-
tres: & fut cefte voulte diile & appelée Dorée , tant
à caufe de fa grande iplendeur , que pourlefon &
harmonie de la mufîque, qui y fut chantée : la-
quelle pour fes voix repercuflîues ^ aucuns de laf-
lîftance eftimerent eftre la mefme voix qui fut
conucrtie en air repercuflif,appelé depuis Echo: &
d'aultresplusinftruits en la difcipline Platonique,
leftimerent eftre la vraye harmonie du ciel ^ de la-
quelle toutes les chofes qui font en eftre^font cofer-
uees & maintenues. Entre le bois & la voulte fufdit-
te,& au fefte de lafalle,y auoit vne grofle nuee tou-
te pleine deftoilesrla lueur defquelles traniperçoit
lenuage,parmy lequel deuoyent defcendre en ter-
re Mercure & lupiter.
A l'autre bout de la fâlle à loppo/îte du Roy/ut
fai6tvn iardin artificiel ^aflis au milieu de lafalle,
feftendantfurledeuant en largeur de trois toifes,
& auderriere dedouze pieds, efleué déterre aude-
uant dVn pied, &: au derrière de trois en perfpedi-
ue. Ce iardin fut tout enclos d accoudoirs, auec
des baluftres dorez d or de ducat , & d'argent bru-
ny ^ & party en croix auec deux allées vertes : donc
DE LA ROYNE.
chacun des quarrez auoit fes bordures ^IVne de
lauande 5 l'autre dafpic, la troifîeme de rofma-
rin,&: la quatrième de faulge. Le parterre de ces
quarreaux eltoit embelli de toutes diuerfitez de
fleursj&rauffi de fraizes, concombres , melons ^ &
autres petits fruits venans par terre. Et aux deux
codez de ce iardin on voyoit des arbres frui6tiers
rares & exquis^ comme orangers, grenadiers, ci-
tronniers pommiers: & chafcun defdids ar-
bres eftoit chargé de frui£ts en abondance , auec
la mefme grâce & plaifir, que la nature donne es
chofes qu elle produit : le tout eftant contrcfai£t
d'or:» d argent , foyes^ &: plumes des couleurs y ne-
ceflaires. Ce iardin reflembloit encores de tant plus
beaUjComme il eftoit voulté par deflTusd'vne gran-
de treille, de laquelle on voyoitpendre de tous co-
ftez de beaux & gros raifîns , fi artificiellement faits
que les plus aduifez les prenoyent pour naturels,
& la nature mefme fembloit f eftonner de l'artifi-
ce. Au hault de cefte treille, au deuant du iardin, fè
voyoit vn grand foleil d'or de ducat bruny , auec
fes rayons dorez ^ lefquels on euft diâ: propre-
ment feruir de caufè à la génération de ces fruidls,
& autres chofes reprefentees au naturel. Au der-
rière du iardin ^y auoit encôres deux grofTes tours
aux deux coftez,dont les pierres eftoyent faides
en poindcs de diamans,& crénelées à l'entour,
& fur les feftes on voyoit voleter de belles & ri-
ches banderolles. Encores entre ces deux tours e-
ftoic la muraille du chafteau arrnee de fes cré-
neaux &: defenfes:puisaubas & au milieu delà por-
B.ij.
BALET COMIQUE
te du chafteau , qui fortoit pied &: demy hors
d'œuure , fe voyoit vne voulte tout à lentour ^ fai-
£te en façon d'vne Conche ou efguille de mer,& le
plus beau de cefte voulte paroiflbit en ce qu'elle
cftoit toute percée de trous ronds.bouchez de ver-
res de toutes fortes de couleurs : derrière ces verres
reluifoyent autant de lampes à huile^ lefquellesre-
prefentoyent en ce iardin cent mille couleurs ^ par
la tranfparance du verre. La porte eftoit aulTire-
ueftue d*or , &c de peintures diuerfement colorées^
fî bien qu'elles efblouyflbyent la veuë des regar-
dansj qui nepouuoyent neantmoins iugerla caufe
de la lueur, & moins de la diuerfité defdides cou-
leurs reprefentees. Au derrière de la muraille on
voyoit vne ville en perfpediue:, & des clochers au
milieu : & eftoit le tout difpofé de telle forte , &c
auec tel artifice qu'on pouuoit iuger leftre des
rues j & des champs de bien loin. Dehors le iardin
& à fes deux coftez y auoit deux treilles voul-
tees^ayans quinze pieds de largeur & vingtqua-
tre de hauteur ^ auecfueillages ôc raifins trefbeaux
& contrefaits au naturel: & eftoit ce lieu plus re-
marquable 3 d autant qu'il falloir que par iceluy
pairaffcnt les mufîques des intermèdes , &les cha-
riots, qui s'alloyent prefenter deuant le Roy. Or ce
iardin eftoit le vraylieu oufaifoit fon feiour Circé
cnchanterefFe, laquelle eftoit aflîfe fur laportedu
chafteau,veftued Vne robe d'or, de deux couleurs,
cftofFee par tout de petites houppes d'or & de
foye,& voy lee de grands crefpes d'argêt & de foye:
fes garnitures de tefte , col de bras , eftans merueil-
DE LA ROYNE. 7
Iciifemenc enrichies de pierreries & perles d'incfti-
xnable valeur: en fa main elle porroic vne verge
d or de cinq pieds, tout ainfî que l'ancienne Circé
en vfoit , lors que par l'attouchement de cefte ver-
ge elle conuerciflbit les homes en beftes^ & en cho-
ies inanimees.Cefte Circé tant illuftree par les Poe-
tes,eftoit reprefenteepar la damoyfellede fainde
Merme/aifant(come auons did) fa demeure en ce
iardin, dans lequel cftoyent cent flambeaux de cire
blanche 3 rendans telle lueur &lufi:re (tantàlafee
qu'au iardin) que les yeux de l'afïîftance en dc-
meuroyent tous efblôuys : d ailleurs le nombre in-
fîny de flambeaux qui ettoyent au delfus delà falle
& tout à l'entour^donnoit telle & fi grande clairté^
qu'elle pouuoit faire honte au plus beau & ferein
iour de l'année.
Or le quinziefme 06tobre^ qui eftoit le Dimen-
che^iour deftiné pour reprefenter fbuz les prépara-
tifs cy deffus declarez^le fu jet qui s enfuy t.Commc
chacun defiraft repaiftre fes yeux des chofes^que le
bruit & renommée commune auoit ja efuété pour
bien grandes, mais non pas toutesfoispour fi ma-
gnifiques, fuperbes & admirables, qu'elles ont
efté iugees en leur exécution : & toute perfonne
curieufe fuft pouffee de defir de voir lemploy de fi
grands &c magnifiques appareils, on veit dés la
poin6le du iour aborder & affluer toute forte de
peuple à toutes lesportes de la falle : lefquelleSjbien
qu elles fiiflènt défendues cllroidement par les ar-
chers des gardes duRoy, Lieutenans & exempts,
qui ne donnèrent lentree qu'à perfonnes de mar-
B.iij.
BALET COMIQJ^E
que & cogneuës : neantmoins(lors que le Roy ac-
compagné de la Roy ne la mere^des princes & prin-
ceflesjfeigneurs & dames de fa courte entrèrent en
la falle) on remarqua facilement qu'il y auoit de
neuf à dix mille fpeétateurs aflemblez.
Leurs maieftez, princes^, princefles , feigneurs &c
dames j Embafladeurs des Roys & princes eftran-
gers 3 affis es places & lieux préparez pour chafcun
d eux,felon le rang cy defliis declaré:fur les dix heu-
res du foir,le filence ayant efté impofé^on ouit aufli
toft derrière le châfteau vne note de hauts-boys,
cornets^ facquebouttes^ & autres doux inftrumens
demufique : defquels l'harmonie eftant ceflee^Ie
fîeur de la Roche ( gentilhom.me feruant de la
Roy ne mere du Roy, bien & proprement habil-
lé de toile d'argent, & ayant fes habits couucrts
de pierreries & perles de grande valeur) fortant
du iardin de Circé^ courut iufques au milieu delà
falle , où arrefté tout court, tourna tout eifrayé le
vifage du cofté du iardin pour voir fi Circé len-
chanterelïè le pourfuiuoit. Et ayant veu que per-
fonne n accouroit après luy^il tira de fa poche vn
mouchoir ouuréd or, duquel il s'efTuya le vifage,
comme s'il euft fué d'ahan ou de frayeur : puis fe-
ftant vn peu r^ffcuxé , & ayant comme prins halei-
ncjil marcha au petit pas vers le Roy : & après auoir
faidt vne grande reuerencc à fa majefté , commen-
ça auec vne adion afleuree,& vn lâgagc reffentanc
vne fage eloquence^de parler ainfi que s enfuit.
DE LA ROYNE.
8
HARANGVE DV GENTIL-
HOMME FVGITIF,
ovsiovRs quelque malheur jktalement
s'opfjojl^
Contre ce que le Ciel.jkuorahle^ diJ^oJL^
D'enuoyer aux mortels l'home qui coçoit
Trop grand dejîr du bien, par hj^oirfe déçoit.
le youlois le premier annoncer la nouueUe^
ê^uelafaifonde fir inhumaine & cruelle^
Changeoit en meilleur Jtecle^& que les Dieux yenojentj
^jii auecque Saturne au monde Je tenojjent^
Familiers des humains demeurer en la France^
Pour l orner a iamais de paix & d'abondance.
Jïdais qu'ay-ierencontreio Dieux! ) en approchant?
Dieux ! deftourne^e maldejjus fin chef méchant.
Ce nefloit ynefimme : 'y ne qui l'air rejj^ire^
N'a point tant de beautéj &Jina point tant d'ire.
Dans fis jeux egare'^vn fileil reluifiitj
Yeux ou ï Amour cache fies traits d'or aiguifiit^
Son teint efloit de lys & de pourpre de rofie:
Mais fous tant de beauté la poifion efioit clofi^
Du mielj^qui de fi bouche en paroles coulait^
Pour amorcer le cœur de ceux quelle njouloit.
Si tofique ie la "vey Je vey prefique ma "V/o
Auecma liberté tout au ff toft rauie.
Elle^de fis plaifirs qui eut quelque fioucij
Cheminant deuersmoj me -vint parler ain fi:
K^rrefie^Cheualier^ne crain point t approche^
BALET COMIQJV-E
Et Jt tu n'as le cœur fkiflde hok ou de roche y
Cède Jansre/Ifler^cedeauxloixdeceT)ieUy
De cejl archer ailé qui domine en toutlieUy
A qui (peutefire) en 'vain tu jèrois refiflance:
Car il domte les Dieux fubiets â fa puijjanccy
jiinjtque maintenantes traiéîs aigus ie fens^
Et de tes jeux vaincue à toy feul ie me rens.
le fçay que ie ne fuis indigne d'eflre aimée y
Moy Circe en tous endroits par mes arts renommée^
Xidoy qui me peux des Rois les fceptres affcruiry
Aïoj qui des hommes peux la volonté rauir^
^ui change":^ de leurs corps en forme monflrueufè
Soujfrentcommeilmeplaifimaprtfon rigoureufe:
Et dedans mon palais fkiêl de marbre quarré^
Pauêde diamant ypar le plancher doré y
Plein de meuble orgueilleux pour mon commun 'vfagfy
le me fers feulement de Nymphes au mefnage.
Nymphes race des boiSy&des petits ruijfeauxj
Et desfleuues profonds qui fint couler leurs eaux
Au giron de la mer de leurs flots efueiUent
Les Néréides feursquiche'^Tethjs fommeillent:
le ne veux de ma Iferge en monflre te former^
Tu as quelque dejlin qui me force à t' aimer ^
Vien pojfeder mes biens /yfe de mes richeffèsy
Et tout ainjt que moj fers toy de ces deejjès.
lefuiuy : cariln eft de plus puiffant lien
^ue Tapprehenfion des plaijirs & du bien.
Là ie Ifiuois heureux ( f heureux fe doit dirt^
Celuy par les plaifrs qui felaife conduire)
êluand l^n mauuais T)eflinfDeflin plein de rigueur ^
T>e haine & de foupçon enuenima le cœur
De Circe
DE LA ROYNE- ^
De Circe en vn moment contre moy coniuree^
Qui^mejrapalefeindeja'yergedoree,
Et en corps de Lyon mes membres transfirma^
Et entre fes troupeaux dans Ifn parc m'enfirm^:
Mais quelque occafion adoucit la forciere
Qmm'a fkiéî retourner en ma firme première.
Or pour ne retomber fous fes cruelles loix
[êlmofeje fier aux charmes tmt de fiis?)
Taj "voulu me fiauuer tandis quelle efi montée
Au fi fie d'vne tour de foupçon agitée j
^jii la fiiit défies arts défia fi desfierj
Où elle va de loin les njmphes efiier^
Afin de les charmer par magique eau telle
Et les garder de njoirceKojyqui les appelle
Dedans vn temple en France ^.auec les autres dieux
^jii le ficelé doré fint retourner des deux.
PIhs quvn cruel A j^ic^ à qui d'vne houfiine
Le berger en fiuyant de loin brifie ïefichinCy
Elle a tœil enfiambéj^la peur qui combat
Son efioir fioupçonneuxja poi firme lujbat.
A ce Roy^ qui dss Dieux a la definfie prijè^
le viens d'vn vifle p^^s déceler tentreprificj
Et contre ce fie Circe aide luy requérir.
Ne l^eux-tu paSygrandIiojjant de dieux fiecourir f
Tu lefirdSjH E N R Y, plus Valeureux qu'Alcide^
OuceluyquitualaChimerehomicide:
Et pour tant de mortels & Dieux que tireras
Des liens de la Feejmmortel te firaSj
Et la pofierité^qui te fira des temples^
De verdififant laurier couronnera tes temples.
C.j.
BALET COUIQJV'E
Sa harangue finie , il meit vn genoil en terre au-
près du Roy 5 comme remettant en fèureté fous fa
fauuegarde:quand voicy fortir Circé de fon iardin ^
tenant fa verge d or en la main ^ haulte efleuee , qui
vint àgrands pas iufques au milieu de la falle, tour-
nant fa veuë de tous coftez pour voir & remarquer
ce gentilhomme fugitif, & efchapé de fa prifon. Et
ne l'ayant peu defcouunr, après auoir leué les yeux
vers la nue fufpendue , auec vne voix douloureufe
&vne grâce que peu de damoyfelles pourroyenc
imiter, & nulle furpaffer , commença à feplâindre,
comme verrez cy après.
COM^PLAINTE DE CIRCE'
AYANT PERDV VN
gentilhomme -
E le pourfuis en Ifain ; /? fuit fans efjerance
Delereuoir iamaisreim en ma puijjance.
LaslCirce^^u as-tu Jkitfiamais tu ne demis
En homme reformer cebj que tu auois
Priuedelaraifon. Peu fine
Circe^helas ! qui deuiens par tafiute aduifee.
Ce lihrefugitiffans crainte s miray
Et par tout jà tondam^tahcntepuhlira.
En njain à tes captifs des charmes tu appliques y
Tu les changes en vain par murmures magiques
Puisque tu es muable^ & puis que la pitié
Etrigueurontdetoy chacun vne moitié.
Folle & fille trois fois^, Circe^foUe & légère^
^i crois quvn qui reprend fa figure première
DELAROYNE^ 10
Te yucille aimer après ^ & fe laijje ahufer
T>ts plaijtrs quand ilpeuhde la raifon Ifferl
Ofle cefie pitié qui te rend Variable.
Le bien dénient malfai^ quand il efi dommageable.
Suy ton feul naturel : L'ire & la cruauté
Ce font tes mœurs ^qu'vn autre ait propre la bonté.
Sus fus ^dej^ ouille toj de fi fiible courage j
Etarmefoj le cœur de ferpens & deragei
^lue nul que tu auras de ta verge frapé
Se liante d'efire après de ton ioug efchapé.
Toutauiïî toft quelleeutvomyfon courroux
par cefte plainte, elle fen retourna en fon iardin,
auec vne contenance de femme fort irritée : & elle
fortie de la falle ^ lafliftancc demeura toute cfmer-
ueillee des deux ades qu^elle auoit veuz^tantdu
gentilhomme fugitif^ que deCircéfurieufe.
BALET COMIQ^DE LA ROYNE. Il
Or le fîlence faid, voicy arriuer de IVne des treil-
les ^ trois Sereines &vn Triton, ay ans leurs queues
retrouflees fur leurs bras^faiéles àefcaillesd or &
d'argent bruny^&Ies queues^barbeaux & ailerons
qui pendoyentjd br bruny rieurs corps & leurs che-
ueux eftoyent entremeflez de fil d'or, pendans iuf-
ques à la ceinture: & tous porroyent vn miroir d'or
aux mains. En ceft équipage entrèrent en la falle^
chantans la chanfon fuyuante: à chacun couplet
de laquelle ^relpondoit de la voultedbr 1 Vne des
mufiques, toute à voix.
C.iij.
BALET COMIQVE
Léchant des Sereines. A 4. parties
Cean pere chenu,
0
Pere des Dieux reconu, la le vieil Triton attelle
Son char qui va (ans reposerons nous (brtans des flots Où
ce Triton nous appelle?
CONCORDANT.
Cean pere chenu, Pere des
-2t ^
Dieux reconu. Ta le vieil Triton attelle Son char
qui va (ans repos. Irons nous fortans des flots Où ce Triton
nous appelle?
DELAROYNE. u
Le chant des Sereines. A 4. parties.
Cean pcrc chenu, Perc des
0
Dieux reconu, la le vieil Triton attelle Son char
qui va (ans repos. Irons nousfbrtansdesflots Où ce Triton
0
m
nous appelle?
3'. S V P E R I V S.
Cean pere chenu, Pcrc des
Dieux reconu, la le vieil Triton attelle Son char
qui va fans repos. Irons nous forrans des flots Où ce Triton
m
nous appelle^
BALET COMIQVE
Rcfponfè de la voutc dorée.
Liez filles d'Achelois, Suiués Triton qui
vous appelle, A ùl trôpjc accordez voz voix Pour châter d'vn
0
grand Roy la louange immortelle.
T E N O
Liez filles d'Achelois, Suiuez Triton qui
VOUS appelle, A fa ttop/S accordez voz voix Pour chacer dVn
grand Roy la louange jmmortelle.
B A S S Y S.
Liez filles d'Achelois, Suiuez Triton qui
vous appelle, A (à trompa accordez voz voix Pour
DE LA ROYNE. 15
aux Sereines, A y. parties.
Liez filles d'Achelois, Suiuez
Triton qui vous appelle, A (à trop/C accordez voz voix. Pour
chanter dVn grand Roy la loiiangjc immortelle.
C,0 N T R A.
Liez filles d'Athelois, Suiuez Triton qui
vous appelle, A fa trôpjs accordez voz voix Four châter d'vti
■o-
grand Roy la loiiange immortelle.
châter d'vn grad Roy la loiiangiS immortellr.
D.j.
BALET COMICÎ^E
CHANSON DES
SEREINES.
C E A-^ pere chenu,
Pere des Dieux reconnu j
la le Ifieil Triton attelle
Son char qui y a fans repos.
Irons-nous fortant des fiots
Où ce Triton nous appelle f
^Uez filles d'Jchelois,
Suiue'^riton qui Ifous appelle,
A Ça trompe accorde^J^^os ojoix
Pour chanter d'ungradRoj la louange immortelle.
On y oit de la mer Jortir
Et auec Tethjs partir
Le chœur des fœurs Nereidesi
T)oris d'yn foingdiligent
T)e Tethjs aux pieds d'argent
Peigne les cheueux humides.
Alle'Z filles d'Jchelois, &'c.
Jupiter nejl fie ul aux deux,
La mer loge mille D ieux:
Vn Koy feulen France habite,
H E N R grand Roj des Français ,
En peuple, en iuflice, en loix
Rien aux autres T)ieux ne quitte.
AUe':^fillesd'Achelois, ci^r.
Le lys hlanchijjant en fleur
Efi d'vn beau iardin thonneur^
Le Pin efi Roj du bo cage:
Sur les autres Rojs aufii
DELAROYNE. 14
Ce^rand Roy paroifiainfi
En bon heur & en couraze.
P. Alle'zfiU^sd'Achelois, ç^c.
Inciter a partagé
Les deux où il efî logé.
Et la terre j en parts égales:
Les deux Jupiter aura j
Et ce grand Roy iouyra
En paix des Gaules loyales.
jiUe'zfilles d'AcheloiSy ^c.
Tethys s'arrefie â la yoix
T>e Glauque yC^ui de fes doigts
Touche les nerfs d'^ne lyre:
Allons fon chant efcouter^
lime femhle lamenter ^
Et que fon dauphin fiuf^ire.
AUc'Z filles d'AcheloiSj &c.
Et feirent ces monftrcs marins vn entier circuit
de la falle,puis fe retirèrent près de la treille, ou ren-
contrèrent vne fonteine,qu'on peut dire auec véri-
té la plus belle en façon & artfuperbe^ & magnifi-
que en enrichiflemêt^que iamais ait efté veuë : ainfi
que la defcription la fera iuger à toute perfonne
d entcndement^laquelle (pour ceft efïcâ:) i ay vou-
lu particulièrement inférer auec fa figure.
D.ij.
Figure delà Fontaine.
BALET COMIQ^DE LA ROYNE. 15
Son premier baflin auoic douze pieds de largeur
enfon diamètre, &fept pieds en hauteur : lentour
eftoit faiét à douze faccs^ à chacune defquelles y a-
uoit deux Tritons, & Néréides, auec leur longue
queuë,qui portoy et en leurs mains des inftrumens
de mufique, &alloyentnageans dans la mer: au
defliis de leurs telles & grandes faces, voyoit-on
des petits enfans^^qui auec vn artifice délicat auoyéc
les ioiies enflées &c preftcs à defgorger l'eau qui for-
toit du balTm : le tout eftant de relief en fculpture^
&le corps faid d'or de ducat bruny , ôc les eaux
d'argent bruny ^ reprefentans fi bien fon élément,
qu'elles paroiffoyent fonde naturelle d Vn doux
fleuue. Au deffous de ce baflîn y auoit vn bord d Vn
pied de faillie,& de ce bord fe formoit vn autre pe-
tit baflin, quiferuoit neantmoins à receuoirtout
le decours delà fontaine : & au deffus de ce grand
bafïîn fe voyoit autour de fon bord douze chaires^
les baluftres defquelles eftoyent entremeflez de
queues de Dauphins, faides d'or de ducat bruny:
& dans le niiheu du baffin fe monftroyent trois
gros Dauphins en triangle , ayans le mufle dedâs le
baflînj& leurs queues retrouflees contremont.def-
quelles ils portoyent vn autre ballîn,de huid pieds
de largeur en fon diamètre, faid de relief de Serei-
nes,Tritons,&: de faces de petits enfans Je tout doré
d'or de d ucat bruny : y auoit encor au milieu de ce
ba{fm trois autres dauphins^ qui portoyent à leur
queiie vn autre petit baflîn , ayant diamétralement
quatre pieds de largeur,fait de relief tout ainfi que
le fécond, & dedans fe monftroyent trois autres
D.iij.
BALET COMIQJ/E
dauphins par enfemblejà queues entortillées & fai-
tes en facjon de pyramide. A la fommité de ceftc
vnion pyramidale de queues ^ y auoit vne groflc
boule de cinq pieds de rondeur en fa circonféren-
ce: ôc autour fix faces de fix petits cnfans par efgale
proportion. La boulejlcs faces^& les dauphins
eftoyent d*or & d'argent bruny , & la boule cftoic
pleine d'eau de fenteur, regorgec par les bouches
des petits cnfans : laquelle tombant dedans le pre-
mier baiïin entroit dans le {ècondj& du fécond au
troificfme qui eftoit le plus grand : puis toute cefte
eau venoit à tomber aux pieds des douze Naiades,
ayans leurs pieds dans le balTm , affifes es chaires
dorées dont auons parlé cy delfus. La première
eftoit la Royne, laquelle auec fon port, main-
tien , grâce , granité ^ & maiefté royale, reffembloic
pluftoft quelque chofe diuine & immortelle,
qu humaine & mortelle : après mesdames laPrin-
ceffe de Lorraine , Ducheffes de Mercueil, de Guy-
fe^ deNeuers, d'Aumalle,& deloycufe, Marefcha-
le de Raiz , & de TArchant : & mes Damoyfelles
de Pons, de Bourdeille, & de Cypierre, toutes alfi-
fes es chaires d'or ^ & reprefcntans les nymphes des
eaux, parles poètes anciens didesNaiades, Elles e-
ftoyent veftues de toile d'argêt , enrichie par deffus
de crefped argent &!incarnatj qui boùillonnoyent
fur les flancs, & tout autour du corps^& aux bouts
par tout^de petites houppes d'or& de foyeincar-
nate,quidonnoit grâce à cefte parure. Leurs chefs
eftoyent parez & ornez de petits triangles enrichis
de diamans,rubis,perles,&: autres pierreries ex qui-
DE LA ROYNF.
16
fes &prcciciires,commceftoycnt leurs cols &bras
frarnis de coliers, carquans & bracelets: & tous
eurs veftcmcns couucrts & eftoffez de pierreries,
qui brilloycnc & eftinccloyct tout ainfi qu on voit
la nuid les eftoiles paroiftre au manteau azuré du
firmament. AulTi celle parure a eftéeftimee la plus
fuperbe , riche & pompeufe^qui fe foit iamais veue
porter en mafquarade. Sur laccoudoir de la chaire
de la Roync y auoit deux dauphins portas de leurs
queues vnc grande couronne d'or,hau t efleuee fur
lateftede famaiefté. Audeflbusdugrâdbalïînfur
le deuât, fe monftroy en t trois Cheuaux marins, ou
hippopotames, trainans la fonteine, & nageans en
leau : & eftoyent delà longueurdeiîxpiedz,dor
bruny , & leau ( come auons did) d'argent bniny.
Au deçà & delà de leurs queues eftoyent deux au-
tres chaires , en IVne defquelles f affeoit le fieur de
Beaulieu^reprefentant Glaucus^appclé par les poè-
tes Dieu de la mer:& en lautre la damoyfellc de
Beaulieu fon efpoufe, tenant vnluch en fa main,
&: reprefentant aufTi Tethys , la deeffe de la mer:
tous deux eftoyent veftus fort magnifiquement de
robes de fatin blanc, panementeesd argent , &: de
manteaux de toile d'or violette ^ doublez de chn-
quant, & leurs chefs accouftrez ainfi qu'on peint
les Dieux &Deefîes.
DE LA ROYNE. 17
Deçà & delà à chaciin cofté de ces deux mar-
choyent à pied huid Tritons à longues queues,
qui a uoyent leurs corps & queues chargez d efcail-
les d or & d argent bruny5& leurs barbes & perru-
ques entremeflees de filet d'or: reprefentez par les
chantres de la chambre du Roy, ioùans de lyres,
lutz, harpes^ fluftcsj & autres inftrumens , auec les
voix meflees.D'vne part & d'autre du grand baflin
marchoyent douze pages vertus de fatin blanc^en-
richy d or clinquât : chacun defquels portoit deux
grands flambeaux de cire blanche en leurs mains.
Outre lefquelles lumières, au circuit des baflîns,
chaires & dauphins de la fontaine y auoit cent fla-
beaux de cire blanche , de deux pieds de longueur:
toute laquelle fplendeur conuertiffoit robfcurité
de la nuid en vneioyeufe& grande clairté,& fai-
foitqucleau de la fontaine reprefèntee par l'or &
l'argent, efblouifibit par fon eftincellemét les yeux
des regardans. Dés que les Sereines veirent cefte
troupe de Dieux marins , elles fe ioignirent àleur
compagnie : & entrans en troupe dans la falle, la
fontaine commença à marcher vers le fiege du Roy
aueclamufîque d'inftrumens & de voix, dont le
moteftoittel.
BALET COMIQVE
La Mufiquc des Tritons
Lions côpagnes fidclles, Auccdes feuilles nou-
uelles De Mauuesblâchcs de fleuis,Que chacune d'allegref-
fe Vnc couron- ne fc trèfle Au chef parfumé d'odeurs.
A f. parties. TENOR.
Lions compagnes fidclles, Auec des feuilles nou-
uelles De Mauues blanches de fleurs,Que chacune d*allegref-
fe Vne couronne (ê trèfle Au chef parfumé d'odeurs.
B A S S V S.
k
Lions compagnes fidelles, Auec des
feuilles nouuelles De Mauues blâches àc fleurs,Que cha-
DE LA ROYNE.
qui accompagnoient la fontaine.
Llôs copagnes fidelles, Auec des feuilles nou-
0
uelles De Mauues blaches de fleurs. Que chacune d allegref-
fe Vne couronne fê trèfle Au chef parfumé d*odcurs.
CONTRA.
Lions compagnes fidelles, Auec des feuilles nou-
uelles De Mauues blaches de fleurs, Que chacune d allegreflè V-
ne couron- ne fe trèfle Au chef parfume d odeurs.
cune d*allegrefle Vne couronne fe trèfle Au
chef parfumé d odeurs.
£.ij.
B A LET C O MI QJ^E
H A NT DES
TRITONS.
Lions compagnes fidelles y
Ame des Jueilles nounelles
De mauues blanches de fleurs:
^jie chacune d'allegrejjè
Vne couronne Çe trejje
Au chef par flimé d'odeurs,
Voicy Tethjs qui chemine
Dansl^ne Conque marine
En lieu de fon char d'argent:
Elle a fa couronne prife
Pour la donner à Loyjèj
Son grand char & fon trident,
MoPi^ troupe deuantfidelle
Entiers Tethjs limmorteUe^
Fidellesferonsaufi
A Loyfe^ qui raffemUe
Toutes les l^ertusenfemhle,
Et doit commander icj.
Mais dés que cefte belle compagnie eut compa-
ru deuant leurs maieftez ^ auflî toit cefte mufique
ccflfa^ &c lors Glaucus &Tethysfemeirent à chan-
ter feuls le dialogue fuy uant: à la fin de chacun cou-
plet duquel y toute la mufique des Tritons refpon-
doit , reprenant les deux derniers vers^ ainfi que
verrez cydeflbus.
DE LA ROY NE. jp
Toutes les fiances fc chantent foubz ce chant icy,
refte h. dernière qui eft interlocutoire^
G L A V (^V E.
Ai$ que me fert Tethy s cq(ïz, efcaille nou-
ucUe, Queje fuis d'vn pefcheur en dieu marin formé ?
le vou- drois n eftre Dieu & de Scylk eflr«î aymé.
î
i
Pour ne brûler en vain d' vue flamme cruelle.
T E T H Y S.
*i\rc d'Amour eft vidorieux Contre les
hom- mes & les Dieux, Et de {es traits la blefTur^ à cha-
1
cnn Qjji la reçoit, apportjC vn mal commun.
E.iij.
BALET COMIQVE
La rcprifc du dialogue.
T de fcs traits la bleffûwà cha-
cunQui la reçoit, apport/5 vn mal commun.
TENOR.
m
T de fes traits la bkflurjû à cha-
cm Qui la reçoit, apport/i vn mal commun.
DELAROYNE. 2»
La rcptifc du dialogue.
T defêsttaitsiableflùrisà dha-
cun Qui la reçoit, apporw vn mal
commun.
CONTRA.
T de f es traits la blcffiiM à chacun Qui
la reçoit, apport vn mal
commun.
B A S S V S.
T de (es traits la blefTurc à chacun Qui
k reçoit, apportée vn mal commun.
BALET COMICiyE
Ceci eft pour la dernière ftancc-
quiell cefte Nymphe?
Eft c/S V- ne
Ne- re-
i- de?
On. caria merna point telle Nym-
bien, c eft Ve-
nus
m „
V es encorde- çeu, El-
■e-
kachafle Ve- lius dans lés jardins de Gnide,
Cett
DE LA ROYNE.
Il
donclunon.
5r
"J^V te déçois.
Eft-cela lunon des François?
Ce nefl: lunon: cefl: Loyfè, Ôc fonnomPaf^
0
£2 en pouuoir to' les noms
de lu-
non.
BALET COMIQJVE
DI ALO GVE.
GLAVCV S ET TETHYS.
GLAV.
A I S que me fert/Tethys^ cefle écaille noHuelle),
I §lue iefi4iS(ï^n pefcheuren dieu marin firme?
p le voudrons nefiî^edieUj.&'de Scylleefireaimey
-s- Pournebrujlerenlfaind^'vneflame cruelle.
T "E. Varcd'j^moureft^iSlorieux
Contre les hommes & les dieux.
Et de fis traits la blejjure a chacun
^lui la reçoit, a^^orte ^n mal commun .
G L. Moj qui jus immortel^ayant mangé d'^'vne herèe.
Des herbes lej^rouuay la firce&'le pouuoir:
Penfiint quelque fie cours en amour receuoir,
le m'en allay y ers Circe enuieufe fuperhc,
Tb. Le cœur des flammes fiir monté,
JSTefipointiamaistantirritéy
Qujleflalorsquenyainil seftoflèrty
Et qu vnrefiis , honteux ^il a fiuflert.
G L. Lesfirefis couurirompluftoftla mer d'ombrage
ê^uon me puijje du cœur cefle Scjlle arracher.
Sm^Dauphin^car iey eux aller Scylle chercher.
Pitoyable Dauphin coupe les flots & nage.
Te. Circeata Scylle paryenin
Changée eH y n rocher marin
lufqu au nombrily& fies pieds abyfine:^;
Deffius les flots ,font en chiens transfirme^^.
G L. Circe Jaloufi Circe Jndigne qui te nommas
Fille du Dieu qui tient le grand flambeaîfdes cieux^
Ofis'tu maintenant enfi)rcelerlesDieux,
Toj qui fouloïs deuant ne charmer que les hommes f
Te. Les corps en ej^rit anime:^
DE LA ROYNE. tt
Sont par Circe en monjlres forme':^^
Si toft quils ont gonflé de fa poifon.
Tandis quils Jontpriue'^e la raijon.
G L, Les Dieux ont des humains la prière agréable y
élut chargent leurs autels d'offrandes & flambeaux.
Efcoute mojJTethjsJiuimté des eaux,
Et à moy T>ieu marin fois helas fecourable!
T E . /ê" n'ay deffus les eaux pouuoir
Ainflque iefouloïs auoir:
Car cefle nymphe a receu de ma main
TDeffusles eaux le pouuoir fouuerain.
Gl. Et qui efl cefle nymphcfEfl- ce "vne Néréide?
T E. Non : caria merna point telle njmphe conceu.
Gl. le fçaj bien, ceflj^ înus.
Te. Tuesencordeceu.
Elle a chaféF' mtisdans fes iardins de Gntde.
G L. C'efldonclunon,
Te. Tu te déçois.
G L. Efl-ce la lunon des François?
T E. Cen'efi lunon/ efl L o Y s fon nom
Pajfe en pouuoir tous les noms de lunon.
Ce Dialogue finyja fontaine fi t vn tour deuant
leurs maieftez,puisfen retournalentement: & du-
rant cefle retraite la mefme mufique que defliis re-
commença, iufques à ce que cefte fontaine euft a-
bordé le derrière du iardindeCircé:,laiflant lafal-
levuide. Or eftant derrière le chafteau, les Naia-
des dcfcendirent de leur fontaine : & tout à Tin-
ftant entrèrent en la falle par les deux treilles, dix
violons, cinq dVn cofté, & autant de 1 autre, ha-
F.ij.
BALET COMIQUE
billezde fatin blanc enrichi d'or clinquant, em-
pennachez &c eftoffez de plumes d'aigrette : &c a-
uec cefte parure commencèrent à ioiier la premie-
re entrée du Balet. Apres ces violons entrèrent en
la falle les douze pages , par les mefmes treilles,
fix d Vnepart,& autres fix delautre : & touseftans
placez on veit venir foudain après eux les douze
nymphes Naiades^entrans aufli fix par vne treil-
le, & fix par l'autre : qui ne furent pluftoftapper-
ceuës par les violons qu'ils changerét de note & de
fon 3 pour entrer en la féconde partie de lentree du
Balet,en laquelle ces nymphes vindrent dâfans iuf-
ques aux maieftez du Roy & Roy ne fa mere , auec
ceft ordre. Aupremierpaffagederentreecftoyent
fix de front^toutes en vn rang du trauers de la falle^
&trois deuant en vn triangle bien large:duqucl la
Royne marquoit la première pointe, & trois derriè-
re de mefme : puis félon que le fon fe cbangcoit,el-
les fe tournoyent auffi, faifans le limaçon au re-
boursles vnes des autres , tantoft d'vne façon , tan-
toftd'vne autre, & puis reuenoyent àleur première
marque. Comme elles furent arriuees auprès du
Roy j continuèrent toufiours la partie de ce Balet^
compofé de douze figures de Geonletrie^touces di-
uerfes Tvne de l'autre : & furie deruier paffage les
violons ioiierét vn fon fort gay,nomé laClochette.
La Circé fè tenan t encore couuerte en fort iardin
de la clofture du rideau^ n'eut pas fi toft ouy le fon
delaclochette qu'elle fortit en grande colère, te-
nant en fa main droide fa verge d'or haulc efleuee^
ôc fen vint tout le log delà falle au lieu où eftoycnc
DE LA RO YNE. 23
les nymphes(placees en forme d Vn croifTant^ayans
leurs faces tournées vers leurs maieftez) les touchât
IVne après lautre auec fa verge d or^duquel attou-
chement elles demeurèrent foudain immobiles co-
rne ftatues :1e femblable fit-elle aux violons ^ lef-
quels ne peurent plus chater ny iouer, ains demeu-
rèrent fans mouuement quelconque. Et après f en
retourna en fon iardin^auec vne femblable audace
ôc ioyeufe contenance, qu'on voitàvn Capitaine
ayant rapporté vne vidoire glorieufe de quelque
fiêneentrcprifeperilleufe & difficile. Auffi fepou-
uoit elle glorifier à bon droit j après auoir abatu v-
ne telle &c fi fiere grandeur de courage que celle des
nymphes. Circé donques retirée en fon iardin auec
vne telle gloire , voicy que du hault du fefte de la
falle^&au defTusde lanueeon oitvngrosefclatde
tonnerre;, qui bruit & murmura allez long temps:
& lequel ayantceiTé^foudainlanuee cy dellusde-
fcrite 3 commença petit à pecit à defcendre , en la-
quelle eftoit porté &: enuelopé Mercure meflager
du Dieu îupiter, & enuoyé de fa part en la terre
pour rompre le fortilege de la fee Circé, & deliurer
les Naiades de fon enchantement, auec le ius de la
racine du Moly. Mercure eftoitaccouftré tout ain-
fi que le defcriupnt les poètes ^ veftu de fatin incar-
nadin d'Efpagne.paffementé d or fort induftrieu-
fement, les brodequins dorez , ayant des ailes à fes
talons qui fignifioyent la légèreté defacourfe:fon *
chef aumeftoit alFublé d Vn petit chapeau ailé des
deux coftez, & doré par tout : fon manteau eftoit
de toile d*or violette : puis en fa main portoit le ca-
F.iij.
BALET COMIQJ^E
ducee, auec lequel iadis il endormit Argus pour le
feruicedelupiter. Ce Dieu en defcendant chanta
d Vne fort bone grâce les vers cy deflbus inferez ^ &
eftoit reprefenté par le fieur d u Pont gentilhomme
feruant du Roy ^accompiy de beaucoup d'hono-
rables parties.
CHANSON DE MERCVRE.'
E fuis de tous les Dieux le cômun
meflàger Ailé par les talons, variabk & léger. Qui de ce
ca- duce- jcà la Parque fata-
le Dans rabyfmc profond vais rauir les cfpritz Pour les fai-
re rcuiure: or quand i!z ont repris Naiffancj^, après en-
cor là bas ie les deuale.
DE LA ROYNE,
CHANSON DE MERCVRE.
?J^rits
Pour lesfkire remure i.or quand ils ont repris
NaiJJance:, a près encor la las le les deuale.
l'ay aux hommes appris ioheir à la loj^
Lesjciencesjes artsjes yiUes font à mojy
Et auec les threfors ie donne t éloquence:
Etpourguarir teJJ?rit de raifon dejarméj
^ue^ IkiJ^éde yertu^ les plaijîrs ont charme^
le porte le Moly racine d'excellence.
Par elle iegardaj c^uV lyjfe qui paruint
t^ux hors de t Italie ^'vn^pourceau ne deuint^
Enchanté par les arts de Circe la forciere^
^ui dedans l^n chajleau quen France elle a bajly
En diuers animaux maint homme a conucrty.
Ou des nymphes des eauxeïï a charme nàguiere.
Cefie Circe a les jeux en dejîr ehontel^^
Qîuau premier regard font de chacun doubte*^^
Et Cupidonnha point d'amorce plusfoudaine:
Mais le plaijirpapéluydeuient odieux y
Les hommes elle rend d'eux mefmes oublieux y
^jii auec la raifon perdent la firrhe humaine.
Les nymphes elle fçait par artaffuiettir^
Mais elle ne les peult en monflre conuertir:
Car de leur n-aturel les TDieux font immuables:
EUe fejuit pourtant par les TDieux reuerer
Les jrapant defanjerge^^ les ftit demeurer
B ALET COMIQUE
Par charmes fur les pieds ^ plus qu'y ne roche fiables.
De fesîUuJîons ie yeux l'art déceler:
ïay fkiêîen eau d'ouhly le Moly difliler^
Etparmonart^lnsfirtienjeuxlefen déjnire.
lejçay combien eÏÏ a defirce ^ de vigueur:
jîlais 'vn bien grand péril pUi fi après au yaincueur^
^ui s'honore du nom d^'vnpuifjantaduerfaire.
Comme Mercure eftoit encor en l'air 3 quelques
deux pieds au deflus delà tcfte desnymphes ^ ayant
mis fin à fa chanfon il efpandit la liqueur du ius de
Ja racine du Moly ^ qu'il auoic en vne fiole doree^,
deflus les teftes des nymphes: & la ietta auec telle in-
duftricj qu'elle reiaillit aulli fur les violons^lefquels
ne furent pas fi toft arroufcz de cefte eau ^ que fou-
dain recommençans à ioucr , les nymphes (è prin-
drentaulîî à danfer , & pourfiiiure leur Balct cora-
'ttie deuant qu'elles fijflent enchantées. D'ailleurs
Circé penfant que Mercure luy feift grand tort
& iniurc d'entreprendre fur fon art , fe refolut luy
faire fentir ce qu'elle fçauoit faire , & le pouuoir
qu'elle auoit & fur luy & fur la force mefme de fon
caducée. A cefte caufe fortant de rechef de fon iar-
dinjcllc courut iufques au milieu de la falle prefque
auec vne furie j paffant parmy cefte belle troupe de
danferelFes ^ comme elle auoit faicl auparauant , &
les toucha vne féconde fois,enfemble les violons,
les remettant en Teftat duquel Mercure les auoit
oftez:& fe retirant quatre pas en arrière commenija
àdirecequifenfuir.
L'homme
DE LA ROYNH.
C I R C E'.
'uOMWE de theur quil ha ne peut Ifïure
content^
Afais auare toupours plus de bien il at-
^^^i tend\
Son foin nj fes trauaux d'vn but il ne termine^
Du temps mefme ennuyé^n jiecle ils'imagtn
Ou fans nul exercice on viuoit otieux
^uand Saturne regnoit eflant hanj des deux.
Lepeupleyagabond pouJ?é de la nature
Comme les befles font^ prmoit fa nourriture
Des fuit s fans cultiuer que produisent les bois^
Etnauoitque fes mœurs pour polices & lois:
Mais Jupiter chaffa cefte morne Parejpj
Des hommes domeflique^^ logea la Finejfe
Dans leur ame grojftere^ a fin de faiguifer
De foin & de labeur^ & les fiijî diuifer
La terre, qui efioit de Joymejme fertile^
Deuant commune à tous, qui fit depuis jlerile
Sans le focacere^qui fon fein nouuriroity
Et fes mortels enfins de fruits ne nourriroit.
Lors la Necejftè appriflle labourage^
Et tous les arts après on acquifl parlffage:
Chacun ^voulut le gain de fon art mejhager^
Et par bienfkicls a foj les autres obliger.
Depuis ï Ambition ^conduiâe des délices ^
Changea ce premier viure en mœurs quon nomme Ificesi
Car du nom de "Vertus on appelle les mœurs
Etlesjnçons des 'yieux^quonefime meilleurs.
G.j.
BALET COMI QJV E
Comme Jt les faifons & les Jtecles muables
N'eftoyent en changement Nn a t autre femhlahles.
Toute humaine aflion procède du dejtr.
Ou Ion efl incité ou conduit du plaijtr.
Du repos & labeur le plaijîr efl la guide,,
^ui furies mouuemens des 'yolonte^ pre/tde:
Et l*aéîion qui plaifl & s exerce en commun^
Sert de reigle de yie & de loix à chacun.
Von hait pourtant bien toflla couflume prejènte^
Et des Jtecles pajje:^^ toufiours le bruit s'augmente.
Carl'enuie n"a plus fur les dejùnéîs de lieu ^
Et l'homme qui efl mort efl tenu pour vn dieu.
C'efl ce qui rend encor la mémoire honorée^
Des hommes qui yiuojenten la faifon dorée ^
§lue ï efface lointain des ans fait admirer
Par regret du pafê ^ & les ftit defirer
Par dédain du prefent'.Ainfi chacun s^ennuye
^ui voudroitfans mourir toufours changer de yie^
Changer fes aéîions, ore a tojfiuetê
Par inclination de fojmefme incité:
Orquifeplaifl^armédetem^efle^deguerre^
jNojerde Jang humain l'efchine de la terre:
En lieu d'antres creufe'^de moujfe tapijfe:<^.
Or qui 'y eut demeurer aux palais lambriffe'^
D'^vn plancher efloiléd'or tuiftntj, qui eflnce^
La clairté des flambeaux du ciel qui tout embraffe.
Seule caufe ie fuis de tout ce changement
Qui fuit de rang en rang , de moment en moment:
Mon perCyfans repos qui Je meut ^ fe tourne^
La fin d'vne faifon dvn nouueau Jtecle bourne^
Le Soleil fait tout feul ces âges ^varier.
DE LA RO YNE,
Ainfi'^îut le Deflin toutes chofes lier:
Et les trifles mortels par'vœux ny par prierè
JSfe ffaurojent impetrerdes trois fœursfilandieres
D^'anancer ou tarder louurage de leurs mains.
Ou auecqueslefort des^Dieux & des humains
Elles filent au jfi la trame des armées ^
^ui dolent de bonheur ou de mal empennées.
Les deejjes des eaux ontl^oulu preuenir
TSlaguere leTDeflin^ & jkirereuenir
En France l'âge d'or^ou défia Fedifict^
V'^vn grand temple de marbre on bafiiflà lufiice:
Mais plus firmes que nefi vn rocher Je fon dos
Au riuage eftendu qui repoulfe les flots,
lelesfity demeurer fur le piedimmobile^
plus firmes quon ne "voit près des murs de Sipyle
Niobe qui ne cejfie encore de pleurer^
^ui en heur à Latoneofaje prefirer.
Je vais emprijonner ce Mercure yolage,
^ui'yient,prefomptueuXj& d'art & de courage
Ces nymphes fecourir,&fie promet encor
D^duoir quelque pouuoir contre ma 'yerge d'or^
Et rompre mes defifeins auec 'y ne racine
^jiifieruit dVlyffi un iour de médecine
Encontre mes poifions : Mais P atlas qui gar doit
Vlyfifi:,& non pas luy ^mes efièts retardoit.
Seule de tous les Dieux ie crains cefie Minerue,
Les hommes de mes arts elle fiulepreferue.
Adercure vagabond, muable & infienfié,
T)efiudainmouuementdefadelàpoufiéy
Sans chois & fians confeilefifiible &fians puififance
Si P allas ne luy donne aduis& affeurance:
G ï].
BALET COMI QJV E
Ore qu'ontrecuide cefl aide il a quitte j
Ileji tant feulement plein de témérité ,
Vain g* prefomptueux^^ tant s'en jkutqu ilpuijje
Les nymphes fecourir par le Adoly d'VlyJfey
^ue luj-mefme il fera de ma "verge charmé
Et le tiendray vaincu dans ma tour enfermé.
Ayant acheué fa harangue ^ f approcha de Mer-
cure^qui n'eftoit dcfueloppé de la nuee,& hauflant
fa verge d or l'en frappa: lequel neur firoftfentile
coup, qu abandonnant fon caducee^ilne demeu-
raft enchanté,& ainfî la nuee le porta immobile fur
la terre. Puis le prenant par la main , le conduit en
foniardittjquifutfuiuy parles nymphes^allans bel-
lement en rang de deux à deux , fans autre mouue-
mentque celuy qui fembloit leur eftre donné par
la force du fort de Circé: laquelle eftant rentrée dâs
fon iardin y foudain les nymphes difparurent , fans
qu'on peuft cognoiftre ce qu elles eftoyent deue-
nues. Et à l'inftant la toile qui couuroit le iardin de
Circé tombant ^ on veit à clair & à defcouuert la
beauté du iardin délicieux j qui brilloit de mille
fortes de feux & lumières. On veitdauantage Cir-
cé deuant la porte de fon chafteau affife en fa ma-
icfté, & auec les marques de fa viitoireientant qu a
fespiedsgifoit couché à lenuers Mercure j quin a-
uoit aucun moyen de (è mouuoir ^ fans le congé &
permiffion de lenchanterefle. Apres louuerture du
rideau apparut vn grand Cerf fortant du iardin,
qui alla pafTer deuant Circé , fuiuy d Vn chien, & le
chien d Vn éléphant, lelephant dVn lyon, lelyon
PELAROYNE. 17
d'vn tigre , le tigre dVn pourceau, & le pourceau
& autres beftesfentrefuy uansjhommesainfitranf-
formczpar fonfortilege ^ & par la force de fes en-
chanteniens.
BALET COMIQVE
Le fori du premier balet. A y. parties,
m
TENOR,
L
A première entrée.
=$:
B A S S V S.
A première entrée.
DELAROYNE. zî
Le fon du premier balec. A j. parties.
A première entrée.
CONTRA.
BALET COMIQYE
S V P L R I V S.
TENOR,
B A S S V S,
DE LA RO YNE.
i\ S V P E R I V S,
^9
5
CONTRA.
3
Hj.
BALET COMIQVE
S V P E R I V S.
TENOR,
B A S S V S.
m
DE LA ROYNE.
i'. S V P E R I V S.
30
<
: 0 N
T R A.
H .ij.
BALET COMIQVE
Le fofi de la clochete , auquel Circé (brtit de fon lardin.
S V P E R I V S.
B A S S V S.
DE LA ROYNE.
l^ S V P E R I V S,
31
CONTRA.
H.iij.
Figure des Satyres
BALET COMIQ^DE LAROYNE. 31
Le précèdent ade eftant finy , le fécond inter-
mède comença à entrer par Tautre treille. Cenou-
ueau intermède eftoit compofé de hui6t Satyres,
fept defquels io uoyent des fluftes ^ &c vn feul chan-
toit,qui eftoit le fieur de faint Laurcns , chantre de
la Chambre du Roy. Les accords de cefte mufique
furent fort agreables^tantauRoy^ Royncs,Princes
& Princef]eS:,que à toute laflîftance : pour eftre Im-
uention de laditte mufique nouuelle & pleine de
grande gayeté.Ces Satyres faifans le tour de la falle,
continuèrent leur chanfon de mufique : & à cha-
cun descouplets vne des mufiques delà voûte do-
rée refpondoit^comme verrez cy après.
BALET COMIQVE
Le chant des Satyres. A j. parties.
Pan,Dia- n;C irritée Seft des
forefts abfécée, Et tât de Nymphes des bois Qui fouloiét deflb^ leur
dance Prefîer Therb^i à la cadance Des doux accords de leur voix.
Pan,Dia- njej irritée S*eft des forefts ab-
feiitcCjEt tât de Nymphes des bois Qui fouloiét deflb' leur dâ
ce Preflèr l'herbe à la cadance Des doux accords de leur voix.
Pan, Dian^ irritée S'efl: des forefts abfêntée.
Et tac de Nymphes des bois QiJ fculoicc Jeiro*^lcur dance
m
DE LA ROYNE. „
Le chant des Satyres. A y. parties.
Pan, Dhnc irritée S'eft des forefts abfen
5^
tée, Et tât de Nymphes des bois Qui fbuloiét deiTo^'leur dance
Preflèr l'herbii à la cadancc Des doux accords de leur voix.
-3
Pan, Dian/ei irritée S'eft des forefts ab-
fentée,Et tant de Nymphes des bois Qui fouloiêt deflb^ leur dance
Preflct l'herbe à lacadance Des doux accords de leur voix.
Preflèr l'herbe à la cadance D es doux accords de leur voix.
i.j.
BALET COMIQVE
La rcfponfe de la voutc dorée
ta
A joi/s&Ie defplaifir.
Lapeur,rerpoir,Ie dcfîr, Parvndeftin immuable
Suiuent d'ordre va-
A joie & le delplailir, La peur, l'elpoir.
le defir, Parvn deftin immuable, Suiuent d'or.
O-
drc variable.
A joijc&le de(plaifir,Lapeur,refpoir,
5
le dcfir, Parvn deftin immuable Suiuenc
DE LA ROYNE.
aux Satyres.
Lapeur,refpoir,ledefir, Parvndeftin immuable
Suiuenc d ordre variable. 2^ TENOR.
■4
A joi/î;& le defplaifir,Lapeur, Tef^
poir,Ie defir Parvndeftin immuable Suiuentd'or-
dre va- riable.
BALET COMIQ^DE LA ROYNE.
CHANT DES
SATYRES.
Pan fDiane irritée
S'ejl des firejls ahjentee.
Et tant de njmphes des hois
Quifouloyentdejjotis leur dame
PreJJer l'herbe à la cadance
Des doux accords de leur voix.
TDefJkslalyre d'yuoire
Elles chantojent la viéloire
T>e lupiter Roy des TDieiix^
Arme de foudre & d'orage^
^ui meit des G eans la rage
Sous Jès pieds yi^orieux.
Leurbalejloit dele^lable^
Et leur yoix très- agréable^
Aujft Phebus laprifoit:
^jiand elles chantoyent de France
Lesloixjes Rois /abondance,
Leur^ers tant plus nous plaifoit.
Lé chant Y'^-fiape l'oreille j
La rejtouità merveille
S'il publie la l^ertu
T>lfn Roy ,graue de luflice^
Qui par Jès mœurs a le Ifice
Non parfirce combatu.
BALET COMIQJVE
Eftans arriuez à la treille d'où ils cftoyentpartis^
ils apperceurent que vers eux fadreflbit vnbois de
douze pieds de largeur en diamètre ^ & de trois en
hauteur 3 compofé en forme & façon d Vne groflè
motte de terre toute ronde. Autour de ce tertre &
motte y auoit à quatre rangs &ordres bien allignez
ôc difpofez , de beaux arbres verdoyans : & furie
milieu delà motte on voyoit vn petit bout de ro-
cher efleuéj fur lequel y auoit vn gros arbre^au mi-
lieu des brâches duquel fenlaçoyent& mefloyent
les autres arbres , & ainfi vnis enfemble faifoyenc
vne fueillee fort ferrée &:plaifante. Toutledeflbus È
eftoitdegros gazons verdoyans &r pleins de fleurs 1
parmy Therbe, fur laquelle vous apperceuiez des I
lézards & ferpenteaux fe trainans, & comme y laif-
fans leur trace. Les Chefnes de ce bois eftoy et char-
gez de glands dorez^reprefentâs au vif les naturels:
ce gros arbre eftât artificiellemen t dreflé fur le petit
rocher, fur lequel quatre nymphes Dryades, ayans '
le dos appuyé audit arbre 5 eftoyent afïîfes, veftues
à l'antique de toile dor verte, toute couuerte de
bouquets d or &de foye d'Italierlefquels fignifioiéc
la puiffance qu elles auoyét fur les plates. Les man-
ches de deffus eftoyét de crelpes dor & de foye fort
larges , & retrouflees iufques auprès des efpaules:
mais celles de deflbus eftoyent de pareille couleur
que la robbe,la parure aullî de leurs cols & bras re- |
fentoit le bocage & l'ornement de tefte eftoit tel
qu'on le donne & attribue aux nymphes, pour
eftre attournees de fueilles de chefn es & cfglantiers
en forme deguiilandes/ans que les perles & pierre-
DELAROYNE. $ô
ries y fu flènt efpargnees , ny le crefpe d or & de (bye
qui voletoitde toutes parts, & faifoit paroiftre la
magnificence de celle qui repreftntoit ce fuperbc
& excellent Balet.Et d'autant que lantiquité a creu
que ces nymphes habitoyent es b ois ^ &:xju elles y
prefidoyent : aulïi auoyent-elles trois bouquets de
rueilles de chefne , aucc des glands fur leurs telles,
& en leurs bras des chapeaux & guirlandes de fleurs
come deflus : le tout fait d or & de foye. Sur le der-
rière de 1 efpaule gauche , chacune d elles portoit
en efcharpe vne trouffe ou carquois d'or bruny,
plein de flèches, & vn arc tendu en leurs mains:
ayans le porc ôc contenance de hardies & pudiques
chaflerefles.
( Dés que ce bois ainfî meublé fe prefenta à la veue
des Satyres j ils changèrent aufli tofl: de chant, &
dirent la chanfon fuyuante: laquelle dura iufques
à ce qu'ils furent deuant le Roy , fans que la mtifî-
' que de la voûte dorée oubliaft fbn deuoir & cou-
ftume de refpondre auec les voix & inftruments.
BALET COMIQVE
Le lècond chant des Satyres, A j, parties.
Es Nymphes à noftrc voix Sortent mainte-
nant des bois. Et Diane rimraorccl-
IcDedef-
1^
plaifir nefe
celle.
Es Nymphes à no- flrevoix Sor-
tent maintenant des bois. Et Diane l'immortelle
Dedefplai- iîrne fe celle
^ — '
Es Nymphes à noftte voix Sortent maintc-
3r
nant des bois. Et Diane l'immortelle De dcfplai-
DE LA ROYNE. 37
Le fécond chant des Satyres. A y. parties.
Es Nymphes à noftrc voix Sortent mainte-
nant des bois. Et Diane l'immorccUô Dedelplai-
fîr ne fe celle.
ci A âTTs A f A ^ A A k/
V V V V V V Y V y ^
Es Nymphes à noftre voix Sortent mainte
nantdesbois. Et Diane Timmortelle Dedefplai-
fîr ne (e celle.
fir ne fc celle.
BALET COMIQUE
SECOND CHANT
DES SATYRES.
E S nymphes a nojlre l^oix
Sortent maintenant des hois^
Et Diane Immortelle
De dej^laijtrne fe celle.
D'vne ejcharpede cuir blanc
Elle a ceint dejjks le flanc
Sa trouve y & dans Ifn bocage
Va chajfer vn Cerfjauuage.
Alle:^(dit-elle en partant)
AHeT^^njmphes ,tout autant
^lue^vofis eflesama fuite:
j4lle:(^y T)rjadeSy bien Ififie.
Alle'ZiO njmphes des bois^
Deuers l'honneur des f^A L o l
TDe qui la grandeur royale
A ce lie des Dieux se or aie.
Cefte compagnie s eftant rendue iufques près de
leurs maieftezjles quatre nymphes reprefenrees par
les damoyfelles de Vidry , Surgeres , Lauernay ^ E-
ftauay la ieune^ damoyfelles de la Royne : celle de
Vidry feule fe leuant debout , commença à reciter
auRoy lesvcrsfuyuans^ fi diftindement auec v-
ne telle grâce & modeftea(reurancej que lesdo6tes
ailiftans, qui iufqu'à celle heure nauoyent eu co-
ojnoiflance d elle y ingèrent à Hnftant la. viuacité dé
(on efprit capable & fufceptible de chofes plus
hautes ôi difficiles en toutes fciences & difciplines*
DE LA ROYNr- 38
LES DRYADES
AV ROY.
E rameau l^erdijfant^quien couronne ejlend .
Sa jueille dentelée le ^and qui nous fend
Surlcjront ^monflre ajj[e:zque nous fommes
Deejfes,
ui viuons aux firejls^des 'vieux chejhes hofiejps:
EJ^rits francs du treJJ^as^ qui tenons le milieu
Dans y n corps firme d'air^des hommes & de Dieu.
Ce grand Dieu lupiterfeul archer du tonnerre
Quijkit mouuoir les deux & arrefie la terre,
^Demeurant en repos jouJîoursfemUahleàJoy,
ê^ui crée la matière & ordonne la loj
Au feuere Deftin ouurier de toute choje,
D'ordre continuel que la Parque dij^oje.
Nous fommes toutesfiis fujets aux aâions^
Sujets a changement ^ autres payions,
Parapprehenjîon que les mortels ej^rouuent
TDe haine & de defir^parqui les fins sefimouuent
Auec ï entendement de penfers agité:
Noflre labeur pourtant fiuit no flre qualité^
Nojlre ouurage efl diuin, ^ le mortel s'applique
Au mefinage priuéou a la république.
Mais te^rit qui de foj y eut fuiure la yertUy
Par l'image du bien efl Jduuent combatu,
Quifians corruption de firme ou de matière^
Se lafihe au njice^ & perd fa puretépremiere.
Ce font ceux que Ion dit qu'on a par art charme:^,
^jje les fircieres ont dans un cerne enferme":^
Par yœux & par le fang d'inhumains facrifceSy
BALET COMIQUE
A fin de les auoir k leurs crimes propices ^
Attire'Zj^arrej^oirtïlfn honneur qui efllfain,
^Mf pourrait on gaigner d'ifn m 'ijerable humain?
Rien quvne chojè^aine. Ainfi Circe transfirme
Les hommes icy près en figure dijfirme
Dvn tigre ^d' éléphant ^d'^n grand cerf^ou d'iin ourSj
Monflrueux à iamais s ils n'ont quelque fecours.
Les T>eejfies des eaux, de fa yerge enchantées^
Sont deuant fon chafleaufiir les pieds arreflees
Sans aucun mouuement.fitns haleine ^ny yoiXy
Immobiles ainfi qu^ne fi)uche de bois.
A^ercure s'efl aufii laifié combatre & prendre ^
Qui de Circe ^ouloit les Naiades défendre.
Quiconque de leffoirl^ainement fi déçoit^
Qui craint y & pour conduite autre confeil reçoit
^jie de fin naturel l'innocence première,
Efiatfiément ^vaincu des arts de la Sorcière:
^ui dedans fin chafieau de plaifirle fiduit.
Et les jeux de teffrit luj fille d'y ne nuit.
lamaïs cefiepoïfion d'efierance nj crainte
JSf'a la "Vertu du cœur de ces nymphes defieinte:
L'efierance quifiitbrufierde vanité.
Comme la crainte fiit geler de laficheté:
^lui ajfiaillent celuy qui point ne fi contente
Décela que nature en propre Itiy prefiente.
le fiuîs la nymphe Opis,qui mets dans le carquois
T)e T>iane les traits , ie la fuy dans les bois
Et conduis auec moy fit troupe chajfireficy
j4duerfiaire d'Amour, des leux & de Parefifi:
Enfiemble nous allons, a fin de requérir
Pan,qu il vienne auec nôus ces nymphes fiecourir.
DE LAROYNE. 3P
La damoy felle ayant parachcué fa harangue , le
bois feit vn tour deuat le Roy^ puis lentement f alla
rendre iufqu au bocage du Dieu Pan :&auilî toft
le rideau quicachoitle bois tomba^ cxpofancàla
veue de chacun la beauté merueilleufe de ce pour-
pris. Pourautant que de ce bocage tous les arbres
cftoyent chargez de lampes ardentes : & en outre y
auoitparcy parla cent flambeaux allumez, quiren-
doyent ceft ombrage bocageux beau & clair com-
me le iour mefmc. Au milieu d'iccluy eftoit le Dieu
Pan affis fur vn gazon, deuant la grotte que cy def-
fus ic vous ay effigiee(lequel eftoit reprefenté par le
fîeurdeluuigny efcuyçrdu Roy, & gentilhomme
fauori des Mufes & de Mars) qui ayant defcouuert
les nymphes des bois approcher fon temple, com-
mença en fîgne derefiouiflance pour leur venue,
de iouër de fon flageolet , duquel il a efté iadis Im-
uenteur.Ce fut lors qu'on entendit vne douce,plai-
fante &c harmonieufe mufique des orgues, dedans
la grotte, derrière le Dieu Pan : &:ceflant cefte mu-
fique d orgues fourdes, la damoyfelle de Vidry
faddreflant au Dieu Pan Juy parla en cefte forte.
OP IS, DRYADE,
A PAN.
A N j qui d'vn firme accord tes Satyres
contiens^
Et d'^vn nœud éternelles elemens retiens ^
Toy quijkis tout changer fins changer de
nature^
Donnant incejjamment aux chofeénourritHrcj
ICiij.
BAL ET COMIQUE
Toy qui par ordre fçak tvniuers dif^ofer^
Et à qui nul des dieux noferoit s'oppojèry
T)es nymphes gardien nefl temps de te plairt^
A fonner de ta jlufle en ce bois folitaire.
Ce nejl point lupiter^ce neft Neptune aujjt^
Cenejlpointlfn Géant aux combats endurcjy.
Ce nejl le noir Pluton généreux de courage y
Roy des peuples damneT^qui commande à la Rage,
A Cerbère la Mort^à cent monflres diuers,
^jii ait dejon enfirles abjfmes ouuers.
CVy?3 mais la honte^hélas ! en la bouche me prejp
Les leuresfurles mots: cejll^ne enchanterejje^
Circe pleine d'orgueil ctenuie & de defdain^
^jii dedans ce chajleau que tu 'y oisjt prochain
Ne tient point feulement des nymphes prifonnieres
^jù Diuent dans les eaux : mais eÏÏj a naguère s
Mercure aujjî mene^ où elle tient jèrmel^
TDes hommes dans fon parc en monflres transfirmeT^
» // fkfche d'eflre ferf^ mais cefle feruitude
" ^j^on rend a l^n indigne efl plus n)ile & plus rude.
Nefoujfre du grand Tout^ Pan^ le maiflre & le Roy
^ue cefle Circegaigne & conquefle flirtoj:
TDeJîa elle f honore aJJeT^e tes trophées
Puis que da?2sfonchafleau elle retient tes fees:
Elle qui peut Ifuider par fla manque voix
De Naiades tes eaux^de TDrjades tes bois.
Puis ayant finy fon dire Pan fe leua,& refpon
dit en ces parolles aux Dryades.
•
DE LA ROYNE.
40
RESPONSE
DE PAN.
A Y toy^ gaillarde Opis,& toy léger Satyre
I CeJJedeplHsenJiertamufete y&*yadirc^
^ux autres, que le leu dans ces firefls cj^arty
'Hjls s'ajjemhlent icy maintenant de ma
part:
Et 'yous TDrjadcsfaurs^ des hois troupe diurne^
Isie bleJnjijjeT^de peur qui vous bat la poitrine:
AjJeurc'^-^OHs de moj^JVymphes^aJfeureT^-'youSj
^J4e Circe ej^rouuera le feu de mon courroux.
Et aufiî toft JejJ Dryades defccndircnt de leur
bois^& le placèrent aux quatre niches qui eftoyenc
alentour du dieu Pan ^ toutes ayans la face tournée
verslafalie: après les huid Satyres entrèrent auffi
au dedans du bois^ fe couchans fur Therbe tout au-
tour de Pan 3 ^ recommencèrent lors la chanfon
qu'ils auoyent chantée à leur entrée: & a chacun
couplet la mufîque de la voûte dorée refpondoit:
& durant ce chant , le bois des Dryades fc retira &c
fortit delafalle.
Figure des (juatre Vertus.
B AtlT C OMIQ^DE t A ROYNl. 41
Cefte harmonie bocagere prenant fin ^fortit de
l'autre treille vne autre troupe, qui eftoit le troifie-
me intermède , compofé de quatre vertus , repre-
fentees par quatre filles veftucs de bleu celeftc, ayâs
leurs robes chargées deftoiîes dor bruny:faifant
entendre la perfedlion de ceux qui accompagnent
& fuyuent la vertu. Leur coiffure eftoit faitte à arca-
des d or & de fbye, & au deflus de la tefte voy oit on
trois grandes eftdilesreluifantes. La première por-
toit vn pilier, l'autre vne balance, la troifiemc vn
ferpent j & la quatrième vn vaze : le tout fai£t d'or
bruny. Deux d'entre elles ioùoyent de luts^ &lcs
deux autres chantoyenr,qui donnèrent grand plai-
fîr à la compagnie j pour la douceur de leurs voix
excellentes:aueclefquelles ils dirent la chanfon fuy-
uante, refpondant à icelles la voulte dorée.
BALET COMIQVE
Chant des quatre vertus.
leux, de qui les filles
nous fommes, O dieux, lespro- tedeurs des
hommes. Du ciel auec nousdefcen- d
ez
m
Dieux puifTans fuiuez à la tra- ce L(
^s ver-
tus qui font voftrera- ce.
En laFran-
ce que vous ga
rdez.
DE LA ROYNE.
Chant des quatre vertus.
41
leux, de qui les filles nous fonimes.
O dieux, les protedeurs des hommes. Du ciel auec nous defcen-
deZjDieuxpuiflànsfuîuezà la trace Les vertus qui font
voftrcra- ce, En la France que vous gardez.
L.ij.
BALET COMIQVE
Refponfc de la voûte dorée aux vertus : à chaque couplet
TENOR,
^^^^^
B A S S V S.
DE LA ROYNE. 43
c eftoit vne Mufiqiie de douze inftrumens fans voix.
x". CONTRA
m
L.iij.
BALET COMI QJV E
CHANSON DES VERTVS.
iv^vXyde qui les filles nous JommeSj
^ ^ O Dieux j les proteéleurs des hommes^
/ ^ Du ciel auec nous dejcende:^:
TDieux puijjans fuyueT^ la trace
Les V ^rm^ qui font vojlre race^
En la France que vousgarde^
Les mortels m'appellent Prudence^
Del^ejj^rittres'fiuredefinje,
^uipreuoit les chofes parmoj:
Quand ducielie fuis dejcendue,
Hoflejfeie me fuis rendue
De la raifon de ce grand Roy.
Moy Tempérance modérée^
Rojne de la faifon dorée ^
le l'ay en naijantalaitte:
^ui tournant en propre nature
J\4on laitj dont il prit nourriture ,
Commanda fus la ^volupté.
Etmoyyiay fa poitrine emprainte
Du fage mej^rls de la crainte j
Dés lors que ma main le berça:
j4uJJtfiudrojantde prouejje^
jiuec la fleur de fa leunejje
Les yerds lauriers il amajfa.
Il tient pour le droiêi & le 'yice
Egaux le lojer & fupplice
Dedans fa balance de poix:
Parluy la France efi à ce fie heurt
De moy lufiiceja demeure ,
DE LA ROYNE. 44
Et le ten^ple honore des loix.
Il arme ia fa main feuere^
Contre cefie indigne Sorcière^
Qui charme du peuple les jeux:
Defcen P allas, & ne dédaigne
TD 'eflre la fidelle compaigne
TDece princelfiflorieux.
Puis les vertus ayans pafle par deuant le Roy , la
Royne mere^ & les princes, & fai6t corne les autres
le to ur de la falIe^s'ofFrit deuât elles par la voy e de la
mefme treille, par laquelle elles eftoyenr entrées en
la falle^ vn fort beau , riche & magnifique chariot^
quieftoittrainépar vn grand ferpent. Ce chariot
crtoit hault fur le deuant de quatre pieds, fur le mi-
lieu de huid , & fur le derrière de dixhuidt , eftofFé
& reueftu tout à fon tour de trophées d'àrmes,deli-
ures&inftrumensdemufique, &tout releuc d'or
&d'argent bruny : &r entre les trouffes & trophées
voyoit-on bon nombre devifages &mafqucs do-
nans grâce à toute la manufadurc. Sur le derrière
& au plus hault de ce char triomphant , eftoit ma-
damoyfelle de Chaumont, reprefentant la deeffe
Mineruc , veftue d Vne robe de toile d'or , auec fon
corcelet de toile d'argent: au milieu duquel & de-
uant & derrière eftoit effigieelatefte effroyable de
Medufe faitte d'or bruny : la falade & habillement
de tefte de toile d argent ^ & enrichi d'vne infinité
de pierreries & perles d'ineftimable valeur. Sur le
derrière du timbre y auoit vn pennache embelU de
plumes d'Aigrette. La Deeffe portoit en la main
BALETCOMIQ^DEtAROYNB,
droite fa lance toute doreej& en la gauche l'efcu &
pauois ou eftoi t encore peinte la telle de la Gorgo-
ne Medufe,d'or &r d argent bruny. Tout à lentour •
du chariot y auoit cen t flambeaux de cire blanche,
qui donnoyêt merucilleux luftre à l'ouurage: mais
plus eftoit-ililluftre parlagrace & granité de cefte
damoyfelle , laquelle ne demétoit en rien ce qu'on
donne de maieîté à Mineruc, & la nature mefme
fembloit auoir pourueu ccfte damoyfelle de fcs
plus riches & rares threfors. Les quatre Vertus
voyans venir Pallas/oudain fe meirent deux d'elles
de chacun cofté du chariot, lequel entrant dans la
làlle traifné par ce grand ferpent , f en alla tout bel-
lement iufques à lefcalier oiieftoit le Roy. Et ce
pendant la mufique delà voulte dorec , compofee
dmftrumês &de toutes voix enfemble, commen-
ça ainfi que s'enfuit, auec vne telle douceur & har-
monie , que les alïîftans comme eftonez penfoy ent
ouir à Tarrinee de cefte deeffe , quelque partie de la
mélodie harmonieufè des cieux.
Figure
B ALET COMIQVE
Erru en rame immortelle demeure,
Il faut que bref touc^ autre chofc meure, Pourtat le vice aus ver
i
tusfe combat: Nature fit Tes lois irreuoca-
feiv^^i Ertu en l'am^ immortelle demeure,
Il faut qu'c bref couc^ autre chofe meure, Pourtat leviez: aus ver-
tusfé combat: Nature fît Tes loisirrcuoca-
Ertu en ramjc immortelle demeure.
. \^ — I 1
Il faut qu*c bref tout/e: autre chofe meure, Pour-
YiCiC aus vcmisfc c-ombat: Nature fitfcs lois irrcuoca-
DE LA ROYNE,
Ertu en lamiS immortelle demeure,
~ Il faut qu é bref toutiC autre chofe meure, Pourtât le vioeJ aus ver-
tus fe combat: Nature fit fes lois irreuoca-
Ertu en l'amji immortelle demeure.
Il faut qu e bref tout^ autre chofe meure, Pourtât le vic;C aus ver-
rusfè combat: Nature fit Tes lois irreuoca-
Ertu en lamii immortelle demeure.
Il faut qu'êbref toutiC autre chofe meure, Pourtât le viciC aus ver-
tus te combat: Natute fit fesloisirreuoca
M.ij,
BALET COMIQVE
S V P E R I V S.
i
bles. Parle difcord les elemens font fiables, Mefmes Fa-
mour l'engendre du d^bac.
TENOR,
bles. Par le difcotd les elemens font fiables.
Mefmes lamour fengendre du débat
i\ TENOR,
bles. Par le difcord les eîemcns font fiables.
MefinesFamour f engendre du débat.
DELA RO YNE.
. S V P E R I V S.
47
5^-
blcs. Par ledifcordiesclemens font ftables.
Mefmesramour fengendredu debac.
CONTRA.
bles. Par le difcord les elemens
font ftâblcs, Mefmes Ta-
mourf engendre du débat.
R A S S V S.
bles. Par le difcord les elemens font ftables, Mefmes Pa-
f— j; —
mourfengendre du débat,
M.iij.
BALET COMIC5^E
Ce char arriué deuant le Roy ,& la mufique finie^
Pallas fe leuant debout f addrefla au Roy j & d Vne
voix graue, haute &c intelligible prononça ce qui
fenfuit.
MINERVE
A V ROY.
y chef de lupiter ie fortis toute armée ^
êluad la te fie on luy eut d'vne hache entamée:
T>e fon diuin cerneau ce grand Dieu m^en-
jnnta^
Et luy-mefme en fes bras au plus haut me porta
T>e l'Olympe efioilé^ou ieprms nourriture^
Et pour m' accompagner il me laijja Mercure.
De firt rares prejens'tereceu:^dejamain,
La raiJonj,qui régit tej^rit doux & humain^
Et des Ifijles penfers il me donna la bride ^
Dont fur l'entendement des hommes ie prefde.
A Adercure il donna pareillement les SenSj
Frères aile:<^au dos^plus légers que les'yentSy
Incertains comme luy ^muables 6* 'y otages^
^^uipoujfent çâ & la le defirdes courages^
T>' imaginations menant la l^olonté
Tantojlala^ertu^tantofl à volupté.
Ceux qui a la yertu par maint labeur paruiennent^
Toufours en ajfeurance auecque moj fe tiennent:
Des autres qui fans mojy ont les plaifirs fuiuy.
Le penferejl d'eJj>oir & de crainte rauy^
Qui fins guide courans du chemin fe defuojent
Et au gouffre profond des délices fe nojent,
Sans mourir toutesfiis ; car l'ejjrit ne meurt pas
DE LA ROYNE. 48
^uj meurt en Ifne 'ylCj^ "vit en l^n trejj^as
Priuê de iugement^Jous la chaijhe cruelle^
TD u plai/tr qm lefj^rit fans raijon enjorcelle.
Tels font ceux-là quon dit que la Circe conduit
Che'^elley & de penjers Vainement les feduit.
Or Mercure "vqyantdes nymphes feparees
Qui s'eflojent au chemin de la Circe e [garées^
Temeraire^fansmojducielefldeualéy
A fn de refirmer leur corps enjorcelé:
Ou lujmefme deceu de fa y aine prudence^
Voit que fans la raifon bien peu fert ï éloquence
'Et le mieleux parler dont ilfefloitarmêy
Luy-mefme demeurant en ce palais ^charme.
Grand Roy^ le fang des Dieux /Dardanienne race,
TDe qui furies cheueux la feur du ciel f enlace^
Dequilefceptre d'ordes ajlres efil^enu^
Sceptre que lupiter en fes mains a tenu,
Circe en France auiourdhuy refle feule à combatre^
TD'autres chafieaux pareils ja tu m'asfiitabatre:
le toyja m'appeUerJe ^aj^pour te feruir,
ChafieaUy charmesjiens^â la Circe rauir.
Puis ayant finy fon propos, fon chariot ayant
fait vn tour s*arrefta au milieu de la fallejOÙ auec v-
netrifte &: hautaine contenance elle commence à
leuerles yeux vers la nuee^ &àinuoc][uerIupiterenL
ces mots.
B ALEX COMICJ^B
MINERVE A IVPITER.
E s c E Perejcy has^qui nages das les flot s
T)e la nue argentée, oh te te "vois enclos
WÀ Regarderies mortels :Jky^perej qu'elle s*ou-
urej
Ht flamhlojant d'efilairs ton yifage defcouure.
le fçay que iepouuois feule fans t appellera
Seure de la "vi^oire^en ce combat aller ^
D'y ne targe d'acier double Jept fiis^armee^
§lui du poïl venimeux de Medufe ejl femee:
Cheueux faits de prpens^& du regard fatal
Des jeux elle empoifonne 5 trempe cemetal^
Faifant glacer le corps en l^ne pierre dure^
De celuy qui la njoit^fans changer de figure.
Mais cefiiÛeflaux Dieux & aux hommes commun^
Et tu es Jupiter JroiéÎHrier a chacun.
Car celuy qui na point de caufe en la querelle
Mérite contre luj qu après on fe rebelle j
Combien quil ait'yaincUy& que fes ennemis
Flechiffant les genoux aluj fefojentfoufmis: .
Tu as de l'vniuers tout feul pris la defenje.
Et celuy commettroit indignement offinfe^
Prefomptueux d* orgueil ^qui te Ifoudroit aider ^
Comme fttu n'eflois puijfant pour le garder.
Tu fçais bien [caria nuiéî rien à tes jeux ne cache) ,
^ue Circe n'a iamais de maUfkire relâche^
Par t horreur de fes mots de charme enuenime^»
Tonne d'enhaut pour moj de tes traits enflamme':^^
TDeta foudre meurtrière empenne vn noir orage ^
Et du lieu diffamé les fhndemens faccage.
BB tA ROYNE. 4^
Apres laquelle prière on ouit auffi toft au defliis
des nues vn grand bruit &fon de tonnerre^ qui
continua longuement, quand cefle on apperceut
la nuee f abaiflèr , & petit à petit defcendre en bas^
de forte qu'il (ernbloit que ce fuft vne fumée , tant
la feinte eftoit bien dreflèe : & durant cefte defcentc.
la mufîque de la voûte dorée commença à chanter
auec nouueaux inftruments , & différents des prc-
cedens : la plus dode ôc excellente mufique , qui
iufqua lors euft efté chantée & ouye, comme £c
cognoiftra par la note fuyuante.
La mufique qui fut chantée en Javoutcdorccpcn*
dant que lupiter dc(cendoic,où ils eftoyent qua-
rante muficiens, voix & inftruments.
N.j.
BALET COMIQVE
Bien heureux le ciel qui de fes feux nouueaux
laloux effacera tous les autres flambeaux, O bien heureux en-
te
cor fous ces princes la terre, O bien heureux auf-
Bien heureux le ciel qui de fes feux nouueaux.
laloux effacera tous les autres flambeaux, O bienheureux
m
■3^
cncor fouf ces princes la terre, O bien heureuxMuf-
Bien heureux le ciel qui de Tes feux nouueaux
laloux effacera tous les autres flambeaux, O bié heureux en-
cortousccsprincesia terre, O bien heureux auC-
DE LA ROYNE
Bien heureux le ciel qui de (es feux npuueaux.
laloux efFacera tous les autres flabcaux, O bien heu-
reuxencor fous ces princes la terre, O bien heureux auf-
Bien heureux le ciel qui de fes feux nouueaux.
laloux effacera tous les autres flabeaux, O bien heu-
reux encor fous ces princes la ter- "* re, O bien heureux auf-
Bien heureux le ciel qui de fes feax nouueaux,
laloux efFacera tous les autres flabeaux, O bien heureux en-
9r
cor fous ces princes la terre, O bien heureux auC-
i
N.ij,
BALET COMIQVE
m
i
{y le nauire FrançoysEfcIairé de Tes feux, bien heu-
reufesleursloixQuibaniront d'icy les vices & la guer-
^^^^^
re. Qui,
fy le nauire Fran- çoys Efclairc de fcs feux, bien
heureufes leurs loix, Qui banirontd'icy les vices les vices &
la guerre, Qui banirontd*icy lesvi- ces & la guerre.
fy le nauire Françoys Efclairé de fes feux, bien heu-
^ ^ ^ ^ ^
reu(ësIeursloix,Quibanirontd'icy lesvi- ces '&laguer-
©-
re, Qui baniront d'icy les vices les vices ôc la guerre.
DE LA ROYNE
fy le naui- re Françoys, Efclairc de Tes feux, bien heu-
reufes leurs loix,Quibanirotd'icy les vices & la gucr-
re. Qui baniront d*icy les vices & la guer- re
fy le nauire Fiançoys Efclairé de les feux, bien heureufès
leurs loixQm baniront d'icy les vices & la guer-
Qui,
^ ❖
fy le naui- re Francoys,EfcIâiré de fcs feux, bien heu-
21$
reufes leurs loix CJui baniront d'icy les vices & la gucr
— — ^ e-
re.Qui,
N.iij,
BALET COMIQJV^E
La mufîque finie le fîeur de Sauornin (qui eft au
Roy, pour eftre doué de beaucoup de bonnes par-
ties, & principalement trcfexcellent au chant^& en
la compofition des airs de mufique) reprefentanc
lupiter, f apparut en la nuee veftu dVn habilleméc
de toile d or , fes brodequins eftoyent de cuir doré,
&fon manteau de fatin iaulne, chamarré de fran-
ges d or, double de camelot d or .-portant en vne
main fon fceptre , en l'autre le foudre eiFroyable,
&c enfatefte vne belle couronne, le tout fait dbr
bruny. A trauers de fon corps il eftoit paré d yne
riche efcharpe reluifante comme le foleil , pour les
perles &picrreries dontileftoit couuert,& entre fes
iambes vne grande aigle d'or bruny , & eftant en-
cor en la nuee chanta ces vers.
Ciiant de lupiter.
N ta faueur je viens icy des deux, le fuis du mon-
djC o Pallas
fbucieux, D'vn œil veillant defTus tous
je regarde, Def- fus les Dieux dedans le ciel cnclgs. Sur les mortelz
qui viuent fans repos, Et fur fenfer dont Pluton a la garde.
DELAROYNE. 5I
CHANT DE IVPITER.
N u jkueur ie Ifiens icy des deux,
le fuis du monde ^0 Pallas^Joucieux:
D'^n œil l/eiUant dejfm tous ie regarde^
Dejjus les Dieux dedans le ciel enclos,
Surles mortels qui y iuentjàns repos.
Et fur tenfir dont Pluton a la garde*
Tout ce qui l^it de corps & fentiment
Suiet toujtours a diuers changement^,
En "vn eflat durable ne demeure:
La liaijonf en corrompt & desfiit
Et fans périr par après fe refait.
Et prent de woj vne vie meilleure.
Tant de mortels en monjlres enchante'^
Nymphes & T>ieux que Circe a furmonte'^
T)oiuent reprendre vne firme plus bellL^
^jiand ils apiront retrouue la raifon^
Sans craindre plus d'vne indigne prifon
Les durs liens, ny quon les enforcelle.
Chère P allas ^ fille:, regarde moy,
T>emeure icy, tu es fœur de ce Roj,
Ce Roy mon fils, fleur du fceptre de France:
Fay des regards de Medufe changer
Ses ennemis 3 & fon peuple ranger
Sous fa loy iuflejjumbleiobe'^ance.
Le nuage ayant porté à terre lupiter , remonta
auffi toft,& Pallas defcendant defon chariot^ qui en
vn moment fe retira hors de la falle : lupiter & elle
eftans fur pieds furent de copagnie au bois du Dieu
BALET COMIQUE
paftoral Pan : lequel f enouïflanc de leur arriucc, fc
meit à iouer de fonflageol à fept tuyauxj& feit aufli
fonner les orgues fourdes auec vne nouuelle mufî-
que^ & ccfte harmonie eftant finie , Mineruc com-
mence à parler au Dieu Pan en cefte forte.
MINERVE AV DIEY PAN.
s^^^SJfe A Nj que fert que tu as en ta garde puijfance
Ce que le ciel enclojt^ puijque parnonchalance
Tu laijjes tout rauir ? ^ue îujouffres & If ois
Circe qui Je rem^are au milieu de tes bois?
les nymphes des eaux a ta garde commijès
Faitd'njn charme arrejler parle chemin Jurprijes?
Elle^nymphe^ qui nefl en rien pareille a toj^
Plante aux bouches de tous vngrandrenom de Joy^
Pan jniufle.cruel^remply d'ingratitude^
Depuis qu'elle retient Mercure en feruitude»
CeVieUyqui jut berger ^repofoit au coupeau
T)uhautmontde CyUene^& paijjoitlfn troupeau
TDe grands moutons cornus lainez d'or fur la crope^
^luand feule ilapperceut tOreade Driope^
^ui de iaunes cheueux auoit le chef dore ^
D'elle tout aufi tofliljut énamouré:
Driope te conceut de Mercure ton pere.
Et peux- tUj toj des Dieux éternel Ifitupere,
Blafme du fang du ciel, peux-tu deuant tesyeux
Souffrir fans ton fecours quon ojjènfe les Dieux?
êlu'^vn public deshonneur j'y ne magicienne.
Ton pere prifonnier indignement retienne?
»> Souuent topinion^que le^ulgairebruit y
n Seme Ifn braue renom ^ou du tout le defiruit.
Tuas
DELAROYNE. 53
Tuas eflepar tous en firce redoutable:
Si tu "veux e^ue l'honneur de ton nom foit femhUhle^
Iljnut en mefmesjkits auoir le mejme caur^
Et ne le laijfer point defarmer de Ifigueur.
« Lésantes 'violents d'i^ne chaude teumjje
» Ne font point ejlime^ pourlfertu nj prouejfe:
« C'eft du temps aduenir lej^oir 'verd qui fleurit^
» Et flétrit^ fi le temps enjruit ne le meurit.
RESPONSE DE PAN A MINERVE,
11.1.1. de lupiter^ T>ee[fe courageufe.
Tant de Ifertu tejkit des autres dedaigneujèi
Ne me reproche rien Je ne me fuis caché
Quaddemoteraux deux les Geasonttafche.
La gloire incejjamment de courage m'anime,
» M au pour mal confeillé cefiuy-là on ejlime^
" f hajarde en l^ain. Vay ^eu Circe arrefler
Les nymphes ^& Mercure enchante rapporter:
reujje 'Voulu en vain courir à leur dejènje.
Aux Parques ilnejkultfitire de refiftance.
Nulnepeultjfinon toy[car iejçay le deflin)
Mettre les arts de Circe & fis charmes à fin.
Puis fortit de ce bois fuiuy de fes huid Satyres,
chacun defquels portoit vn gros bafton nouailleux
&efpineuxj&le prefentantcefte troupe au milieu
de la falle vers le Royjapres auoir fait vne grande &
humble reuerence à fa maiefté^commenca à s ache-
miner au petit pas vers le iardin de Circe : Se après
eux marcha Minerue , ayant à chacun de fes collez
deux des quatre vertus, & puis lupiter tout feul
O.j.
BALET COMIQUE
ayant derrière luy les quatre Dryades defront. De
forte que cefte troupe reprefentoit la figure dVn
braue bataillon & oit de foldats allansàTaflaut &
à la ruine du iardin de Circé , pour en deliurer les
Naiades & Mercure enchantez. Eftans ainfi appro-
chez iufques à la porte du iardin, Circé les ayant
defcouuerts ^ fe douta aufli tofl de cefte entreprife,
à laquelle elle délibéra de s oppofer vertueufement:
& parce ^ comme les aflTaillans cuiderentgaignerla
porce^elle haulfa fa verge d or d Vne main^^ de l'au-
tre fonna vne cloche qui eftoit à la tour de fon cha-
fteau. Et n eut pas fi toftfait refonner ceft: airain,
qu'on ouit au dedans vn fi eftrange bruits aboyé-
ment & mugiflement , tant de chiens, loups, ours^
ly ons^que d'autres infinies fortes d animaux^ que le
chafteau fembloit fondre & vouloir abyfmer , ou
tomber tout à Theure fiir la tefte de ces aflaillans: &
ce bruit fiirieux appaifé , Tenchanterefle s'eftât har-
diment aduancee iufques à la porte de fon iardin^
haulfafa voix de telle forte que chacun la pouuoit
entendre, pour accufer les Dieux &c Deeflesden-
uie auec les vers qui s enfiiiuent.
CIRCE.
v ^ois doncqnes entra ce coup coniurez
Ceux c^ui logent au ciel dans les ajîresdore'^^
Et quif arment la main de flame criminelle j
O Circe^ cotre toj^irce nymphe immortelle?
Non no 3 ie nay de peur mon eflomach caché
D'vn bouclier:, où le chef de Medufe attaché
Fait foudain transfirmer les ennemis en roche:
DE LA ROYNE.
le ne le youdrois pds^carc'eflnjne reproche
^jii rend par tout le nom de celuy dijjnmêj
^ui jè monflreau combat àfauantage arme.
Si ie veuxajjaillir^ou Jt quelqu'un m'ojjènje^
En moy tant feulement ie cherche ma défende.
Ce TDieu au char dore de qui le front reluit
Couronné de rayons,^ par ordre conduit
Le hal perpétuel des ejloiles rangées j
^luijnit couler les ans par les faifons changées^
Qjùjnitde fin flambeau tout le ciel f allumer^
Et peut de lupiter les flammes consommer:
Ce Soleil tout puiffantque nature reuere,
^ui meut ceflymuers^^Soleil qui efimon pere^
Et au monde qui y it donne tame & yigueur.
Ne me fkit point geler la crainte dans le cœur.
j^ufft peux-ie changer des grands fleuues la courfe.
Et les faire heurter Us roches de leurfource
De leur front efcornêj& la Lune en ces bois
Noirciffant la mi-nuiêl^efi plonge maint ejois
^uand ie taj commandé ^ayant la face teinte
TDehonte^en rougiffantjn pallijfant^de crainte.
le yous peux, fil me plaifl, iel^ous peux rcftfler.
TDj moy qui ie changea tant de fois ^lupiter;,
En aigle & en toreau, en Jatjre & en cygne ^
Confrffe 'Icj "vaincueurfl nefl:aflre nyfgne
^jii luife dans le ciel de chaleur animée
ien'aye fin corps en efloile firme,
le Ifous refifleray : que fi la defiinee
A de ma 'verged'orla firce terminée^
Ce neflen ta fkueur Jupiter ^ne le croy:
Etfiquelqulfn bien tofi doit triompher de moy y
O.ij.
BALET COMIQJVE
C'eficeRoy des François^c^ fiutque tu luy cèdes j
Ainjicjue te luy fkiSj le ciel que tu pojjedes.
Ccfte harangue fiere & pleine d arrogance^irrita
dauantage la compagnie contre elle : fi bien que le
Dieu Pan fuiuy de fes Satyres tout defpicé commê-
ça d aflaillir furieufement la porte du iardin^prifon
desNaiades. Et lupiter d'ailleurs dvne face cour-
roucée & vifage fourcilleux^ tenant fon fceptre dâs
fa main^ & le foudre dans lautrcj auec vne aigre pa-
role menaça Circé de la traitter de mefme forte^co-
me il auoit fait Phaëthon fon frère : pour laquelle
encore e{pouuâter3les nymphes Dryades faifoyent
fèmblant de vouloir décocher leurs arcs contre el-
le. Ce neantmoins Circéjfans s'efpouuanter ny des
menaces de lupiter & desnymphes^ny des effets de
Pan y defendoit toufiours lentrce du iardin auec fa
verge enforcelante^ laquelle perdoit peu à peu fa
vertu par l'elFortde Minerue: auec lequel ayant en-
foncé la porte^elle paffa depuis au trauers du iardin
fuiuie de lupiter , qui d'abordée frapa Circé de fon
foudre , de manière qu'elle cheut à terre come hors
de tout fentiment. Dont lupiter ayant eu pitié , la
releua par après : mais Pallas ne voulant perdre le
prix de la viètoire^alla incontinent s'emparer de la
verge 3 par la vertu de laquelle tant de chofesmer-
ueilleufesauoyentefté exécutées &mifes à fin. Et
pourrêdrefavidoire plus glorieufe & honorable^
ayant prins Circé paf la main la coduit elle-mefmc
hors du iardin ^ puis l'amena au petit pas faire vn
tour tout le long de la lalle^eftant toufiours accom-
DE LA ROYNE,
pagnec desquatre vertus, &fuiuie de lupitcr, qui
conduifoit par la main Mercure defenchanté.Ccux
cy auoy et encores à leur fukte le Dieu Pan^accom-
pagné de Tes Satyres , & des Dryades qui fuiuoyent
les dernieres.Minerue eftant en la prefence du Roy
luy fit prefen t de la verge d'or, & de Circé: laquelle
comme vaincue &c defpouillee de fa force , fe vint
afleoir au bas du lieu ou eftoyent les Princes. Et a-
pres lupitcr prefenta au Roy (es deux enfans, Mer-
cure & Minerue, quis aUerentietterauxpiedsdefa
niaierté/aifans paroiftre qu'ils cedoyent à ce grand
Roy en puifîance de commander, en fagefle pour
gouuerner, & en eloquencepour attirer les cœurs
des hommes les plus efloignez du deuoir. Toutes
lefquelles vertus ^puiffances ilauroit acquifes par
les fages confeils,inftruâ:ions,& conduitesde la
Royne fa mcre : laquelle eft d'autant plus grande
fur toutes les princefles qui porterét oncques cou-
ronne , qu'elle eft mere dVn fi grand Roy, qui n a
accouftumé de cacher les obligations fi grandes,&
générales & particulières qu'elle a acquilès fur luy.
D'autre cofté Pallas céda llioneurde pudicité^d m-
duftrie & de grauité royale ^ à la Royne efpoufe de
lupiter de France^ pour féconder les vertus de fon
mary,& eftre(comme elle eft) des plus loiiees &r ad-
mirées princeffes de la terre. Apres l'accablement
de Circé les quatre Dryades feremeirent en leurs
niches. Pan ôc fes Satyres rentrèrent en leur bois^ &
la fallc demeura vuide. Lors les aififtans auec filen-
ce attendans s'il y auoit quelque cas de rare qui re-
ftaft pour la fin du Balet, les violons recommence-
O.iij.
BAL ET COMI QJ^ E
rcnt à fonner vne fort belle entree,au Ton de laquel-
le les Dryades fe leuerent & fortirent de leurs ni-
ches^pour fe p relènter en front au milieu de la falle:
puis tournans le dos au Roy f en vont en danfant
vers le iardin, comme affeurees de la deliurance des
Naiades^pour lefquelles lupiter&PalIas auoyent
tant trauaillé contre Circé,enuieufe du bon-heur
d Vne fi belle & fainte compagnie. Comme elles re-
gardoyent vers le iardin^voicy lesNaiades defen-
chanteesjlefquelles àTimprouifte & fans qu'on y
penfaftfemonftrerent au dedans du iardin , com-
me fî elles fuflent tombées des nues, ou fortiesen
vn inftant des profonds cachots de la terrerpuis al-
lèrent deux à deux en ordre iufques au milieu delà
falle. Au premier rang marchoit la Royne^ tenant
par la main madame la princeflè de Lorraine^vrayc
héritière de la bonté , pieté & douceur de feu ma-
dame Claude de France j fille & foeur de nos Rois,
fa mere , la mémoire de laquelle fera toufiours ho-
norée en ce Royaumeenuers toutes perfonnes^qui
font profefTion de la vertu & de l'honneur : les au-
tres venoyent auffi après deux à deux ^ chacune en
fon ordre, & fortansdu iardin furent de front au
deuantdes quatre Dryades^ quife ioignirentauec
elles. Ce fut lors que les violons changèrent de fon
& fe prindrent à fonner Icntree du grand Baler,
compofé de quinze paffages^difpofez de telle fa-
çon^qualafin dupaflage toutes tournoyent touf-
iours la face vers le Roy : deuant la maieilé d uquel
eftans arriuees^danferent le grand Balet à quarante
paflàges ou figures Géométriques ; & icelles toutes
DE LA ROYNE. j5
iuftes &c confiderees en leur diamètre, tantoft en
quarré, & ores en rond^ & de plufieurs & diuerfes
façons, & auflî toft en triangle, accompagné de
quelque autre petit quarré , & autres petites figu-
res. Lefquelles figures n eftoyent fi toft marquées
par les douze Naiades^ veftues de blanc (comme
il a efté dit ) que les quatre Dryades habillées de
verd ne les veinflent rompre : de forte que Pvne
finiflant ^ lautre foudain prenoit fon commen-
cement. A la moitié de ce Balet fe feit vne chaî-
ne, compofee de quatre entrelacemens différents
IVn de lautre, tellement qua les voir on euft die
que c'eftoit vne bataille rangée , fi bien l'ordre y e-
ftoit gardé, & fi dextremét chacun s'eftudioit à ob-
feruer fon rang & cadence: de manière que chacun
creut qu'Archimede n euft peu mieux entendre les
proportions Géométriques ^ que çpsprinceffes &c
dames les pratiquoyent en ce Balet. Et à fin qu'on
cognoifle de cobien de diuerfitez defons il falloit
vfer,lcs vns graues, les autres gais, les vns en triple,
les autres pour vn pas doux & alenti,ie les ay voulu
auffi exprimer , pour ne lailfer rien de manque &
imparfai£b au difcours de tout ce qui s eft paffé,
comme verrez cy après.
B ALET COMIQVE
La petite entrée du grand balet. A y. parties.
La grand* entrée.
^^^^
La grand' entrée. B A S S Y S.
DE LA ROYNE.
La petite entrée du grand Balet. A y. parties.
p
^
V ' ' 1 1 — y-.^.^
La grand' entrée. CONTRA.
■fk4^^«-444444-l 1 iHttf^/
-p*4-fy^W
La g» and* entrée,
p.j.
BALET COMIQVE
TENOR.
B A s s V s.
DE LA ROYNE.
l^ S V P E R I V S.
■
_^
" c
O N T R
A.
p.ij.
BALET COMIQVE
S V P E R I V S.
mm
TENOR.
B A S S V S.
DELA RO YNE.
^^ S V P E R I V S,
<>9
* ^ » « * ^ '
CONTRA,
BALET COMIQVE
y
TENOR.
B A s s V s.
5^ — »
DE LA ROYNE.
S V P E R I V S,
m-
^ —
CONTRA.
37
DE LA ROYNE.
i'. S V P E R I V S.
J
CONTRA.
-i
BALET COMIQVE
S V P E R I V S.
TENOR,
^^^^
B A S S V S.
DE LA ROYNE.
\ SVPERIVS.
CONTRA.
Qài.
BALET COMIQVE
S V P E R I V S.
TENOR.
DE LA ROYNE.
S V P E R I V S-
^5
— 1— o-
CONTRA,
BALET COMIQJVE
Ce Balet paracheué , les Naiades & Dryades fei-
rent vne grande reuerencc à fa maiefté : & de ce pas
la Royne approchant du Pvoy fon feigneurje print
par la main^&luy feit prefent d Vnegrâde médaille
d'or,ou il y auoit dedans vn Daulphin qui nageoit
en la mer:lors chacun print pour augure afleuré de
celuy que Dieu leur donnera pour le bon-heur de
ce royaume. A l'exemple de la Royne toutes les au-
tres PrincefTes , dames & damoyfelles^ furent auffi
chacune félon leur rang & degré prendre les Prin-
ces,Seigncurs,& Gentils-homes que bon leur fem-
bla : à chacun defquels elles feirét leur prefent d'or,
auec leurs deuilès , toutes chofes de mer ; d'autant
qu elles reprefentoyent les nymphes des eaux^ainfî
que vous verrez cy après.
Madame la princeffe de Lorraine donna à mon-
fieur de Mercur^la Sereine.
Madame de Mercur à monfieur de Lorraine, le
Neptune.
Madame de Neuers à monfieur de Guife^leChe-
ual marin.
Madame de Guife à monfieur de Geneuois,
TArion.
Madame d'Aumalle au Marquis de Chauifim^ la
Baleine.
Madame de loyeufe au Marquis de Pont j vn
Monftre marin.
Madame la Marefchale deRez à monfieur d'Au-
malle Je Triton.
Madame de Larchant à monfieur de loyeufe, la
DE LA ROY NE. ^4
branchtdecourail.^
Madatî^ de Pont à monfieur d'Efpernon^rHui-
ftre à lefca^je.
Madam^yrelle de Bourdeille à monfieur de
Neuers,Iep(>i^^onquia^e^peeaunez.
Ma damoyrelle de Cypierre à monfieur de Luxe-
bourg, rEfcrc'uice,
VoyIa les prcfcns faits par les nymphes des eaux:
Les quatre Dryades nymphes des bois donnèrent,
àfçauoir>
Madamoyfellc de Vi^lry à monfieur le Baftard,
vn Hibou.
Madamoyfelle de Surgercs au Comte de Saulx^
le Chcureuil.
Madamoyfelle de Lauernay auConKc de Mau-
IcurierJeCerf
Madamoyfelle de Stauay au Comte deBouchai-
ge, le Sanglier.
La Minerue à la Royne mcrc du Roy J*ApolIon.
La Circé à monfieur le Cardinal de Bourbon , le
Liurc,
Aucc ceft ordre & ordonnance elles meinent les
princes pour dancer le grand Bal : & iceluy finy on
fe meit aux branfles^& autres dances accouftumees
es grands feftins & efiouilTemens . Ce qu'eftant a-
cheucjes maieftez des Roy & Roynes fe retirèrent^
eftantdefialanuidfortaduanceervcu que ce Balet
Comique dura depuis les dix heures du îbir^iufqu à
B A L B T C O M I QJV; E
trois heures & demie après minuid j fans que telle
longueur ennuyaft ny defplcuft aux alÇftans^ tel e-
ftoic & fi grand le cotentement de chacun : voyant
principalement vne fi haute excelleite , graue &
Ibuueraine dame , faire tant d'honneur à fes fuiets,
que de f abaifler iufqu a fe rendre (Compagne des
jeux faids pour larefiouir , & fe pr^fenter en pu-
blic : à fin que tous cogneuflent que nos Roys &
Roynes ^ comme ils commandent fur vn peuple
franc^aufli le traittent-ilsfranchementj&auec tou-
te douceur, franchife^comunication & courtoifie.
S enfuiuent les figures des ptefens que feirent
les nymphes de ce Balet comique*
DE LA ROYNE.
LaR.oync prefenta au Roy
LE DAVPHIN.
Belphmum vtdel^hmem rependat.
R.j-
B ALET COMI C^VE
Madame la Princeflc de Lorraine à monfîcur
de Mercur^
LA SEREINE.
Sir en Virtute haud hlandior "vUa ejl.
DE LAROYNE
Madame de Mercur à monfieur de Lorraine,
N E P T V N E.
Far mens inmBa triàentu
R.ij.
BALET COMIQJ/E
Madame de Guife àmonfieur de Geneuois
A R I O N.
Topuli fuferatfradentia fuBm,
BALET C OMIC^VE
Madame D'Aumalleau Marquis de Chauflîn^
LA BALEINE.
DE LA ROYNE.
Madame de loyeufe au Marquis de Pont,
LEPHYSETER.
68
Sicfamam adimgere famd.
BALET COMIQVE
MadJa Marefchalc de Rez à monfieur d'Aumale
LE TRITON.
Commouet & feâat.
DE LA ROYNE. 6^
Mad. de Larchant à monfieur de loyeufe.
LE C O R A L.
EademnaturaremanfiL -
S.J.
BALET COMIC^VE
Macîamoy felle de Pont à moniïeur d'Efpernon^
UH VISTRE-
Intmmelîora recondit.
SîM fimt&mitibmarma.
S.ij.
BALET COMIQJVE
Madamoyfelle de Cypicrre à monficur
de Luxembourg,
L' E S C R E V I C E.
Vt-s non 0 bit ta fuorum.
DE LA ROYNE.
Madam"'= de Vidry à monfieur le Baftard^
LE HIBÔV.
BALET COMIQJV^E
MadamoyrelIedeSurgeresàmonfieur
JeComtedeSauIx,
LECHEVREVL. ,
Non telifecura vfquam.
Non perijtvirmsajfueta nouaru
BALET COMIQJ^E
Madam^^^ deScauayau Comte de Bouchage^
LE SANGLIER.
DE LA ROYNE. 73
Madamoyfellc de Chaumont àla Roy ne
mereduRoy,
APOLLON.
Lmire&vincere Jueui.
T.j.
BALETCOMI QJ^ E
Madamoyfdle de Sainte Mefme à monfîeur
le Cardinal de Bourbon^
LE LIVRE.
Tatorum arcana reCimat.
ALLEGORIE DE LA CJRCÉ,
QVE N^T^LIS COMES ^ RETIRE'
des commentaires des poètes Grecs.
I R c e' fille du Soleil & de Perfeis fille de l'Océan , cdoic
magicienne, & transformoit les hommes en diiieis ani-
maux:toiiresfois Vlyflcs fut conferué de fes charmes,^ ne
le peur transformer comme elle auoitfaidfcs côpagnons.
isàJ^^-^ c^A Q\Ycé qui fignifie miflion ,efl: fille du Soleil , qui eft la
chaleur , Se de la fille de la mer qui eft l'humidicé : pource que toutes
chofes font créées de chaleur & d humidité. Circédonc ellla miftion
des elemens, qui ne fe peut faire que par le mouucment du Soleil qui
cft le pere Se la forme,&: Perfeis la mere la matière.
Les quatre Nymphes qui la feruoyent d< cueilloyent les herbes pour
faire fes enchantemens/ont les elemenSjOii elle eftappeilee immobile;
pour ce que la corruption,generation &c mutation des elemens l'vn en
l'autre, eft perpétuelle.
On dit qu'elle changeoicles hommes en formes monftrueufès Ôc di-
uerfes; pour ce que la corruption d'vne chofe^efi: la génération de l'au-
tre qui renaiftjmais non pas en fa première forme»
Vlyfi^e qui a efté côfcrué par les Dieux, pour ce que Tame de rhora-
mc eft immortelle ôc diuinc, le corps perifi^able 3c terreftre.
^utre allégorie du fieur de Uchejhciye,
D'autat qu'il y a d'autres fables plus générales pour fignifier cefte gé-
nération vniuerfeîlejonpourroit réduire ceftefiâiô à vne allégorie plus
particuliere:à fçauoir,que Circé eft la circuition de l'année par la cour-
fe reuolué du Soleil ; les nymphes,font les racines, herbes , fleurs & fc-
mences: VlyfFe grand voyageur, eft le temps qui ne farrefte, allant
toufiourstfes côpagnons trâsformez fignifient le paffé t5cle prefent. En
vn an qu'Vlyfiè demeura auec Circe,clle conceut de luy quatre cnfans,
à fçauoir Aufon, autrement Romanus, Caliphon, Marfus, & Telego-
nus^qui font les quatre faifons.QuadVlyfle fut de retour en Ithaque,ii
fut tué par Tclegonus fon fils auec vn os de polfToniaufti quand le So-
leil pere des faifons eft retourné au dernier degré du Sagittaire,! 'an eft
acheué au commencement du figne my-poiflon & my-bouc.
JjctUegorie morale.
Circé eft dide fille du Soleil ôc de Perfeis, pource que le defir Se c6-
cupifcêce prouicnnêt aux animaux de chaleur ôc d'humidité:fi ce cha-
BALET COMIQUE
toiiillcmcnt $C aiguillon naturel qui nous incite a la volupté nous mai-
ftnfejil nous pouffe aux vices , qui nous font femblables aux berfes:fbit
paillardife, yurongneric, cruauté , Se autres mauuaifes qualitez : mais
ccluy qui eft accompagné de raifon, eft alfeuré contre ces poifons.
Vlyffe fîgnifie la partie de lame capable de raifon^Circé eft le natu-
rel de rhomme,Ies compagnons d' Vlylfe fignifient & puiffanccs ^ fa-
cultez de rame,qui conlpirent de accordent auec les affcdions desfens
qui n'obciffcnt plus à Li raifon.
^VTRE ALLEGORIE DE CIRCE\
SELON l'opinion DV SIEVR GORDON, ESCO-
fois y gentilhomme de la Chambre du Roy.
Vj^MTji ovR l'intelligence de l'allégorie de la Circé> il eft befoing
J^fc^yg de confiderer que toutes les allégories des fixions poeti-
^^^g^ ques en gênerai, fe réfèrent ou à la philofophie naturelle, ou
'"^G?^ àlamoraIe,ouàlafupernaturelle &:diuine50uàvnemeflan-
gc de IVnc Je de Fautre. L allégorie particulière de Circé, félon que la
fable eft delcrittc par Homère au liure lo. de fon Odylîèe , femble fc
pouuoir référer partie à ce qui eft diuin & fupernaturel, & partie à ce
qui eft naturel & moral. Circé félon Homère eft deeffe,Ô<: partant im-
mortelle :elle eft fille du Soleil, & d Vue nymphe marine. L'etymolo-
gie de fon nom, qui eft Grecque, fe prend de Mpvay> qui fignifie mefler:
comme de vray du meflange du Soleil qui eft la caufe de toute cha-
leur , & de la mer qui eft la fontaine de toute humidité , toutes chofes
font procréées. Le nom de fa mere eft Perfe,& viét du mot Grec^ie^»',
qui fîgnifie paffer d'outre en outre: ce qui côuient bié à la merjaquelle
paffc & repafle d Vne motion perpétuelle les riues & coftes de la terre,
& par cefte motion fe conferue de pourriture & infedion. Doncques
nous prendrons que Circé engendrée du Soleil & de la mer participe
de tous les deux. Le foleil naturellement eft la caufe efficiente de tou-
te procréation des chofes cy baffes par l'aide de l'humidité, qui pro-
cède des eaux qui font és veines de la terre : & le mefme Soleil fîgni-
fie allegoriquement la clairté & lumière de la vérité & eftincelle diui-
ric qui luit en nos ames. La mer naturellement nourrit & produit ce
qui entretient excite la volupté:& de ce les poètes ont feint que Ve-
nus fortit de la mer , & la nommèrent ci<ppoSiv. , & allegoriquement (c
peut prendre pour le plaifîr fenfible , qui apporte aux hommes nau-
firage fréquent. De ces confiderations il femble qu'il ne fera pas hors
de raifon de prendre la Circé pour le dcfir en général qui règne & do-
mine fur tout ce qui a vie &: eft méfié de la diuinité & du fenfible, &
fait fes effeits bien differens , ôc mené les vns à la vertu , & les autres
DE LA ROYNE. 7|
au vice EtàcelaPaccordecc quelle eft defcrite comme RcyncSc
ayant en Ton feruice &c ruieition les nymphes Se les bcftes:par les nym-
phes, qui participent de la diiiinité,les vertus font reprefentces : Se par
les beftcs brutes , le vice Se lafenfualité. Car le defir efmeut à la vertu
ceux qui par l'aide diuine y font préparez ; Se au contraire,le defir rend
ceux qui font deil:ituez de bonne inclination & in ftitution^ferfs Se
cfclaues du vice. La demeure de Circé eft en vn palais magnifique Sc
en belle aflîete, le baftiment beau , doré , Se reluyfant : Ce qui fignifie
que le defir ne peut eftre efmeu fans apparence de beauté , loit vraye,
foit faulfe. La perfonne de cefte deefle eft defcritc dVne beauté extra-
ordinaire,&; ornée de.tou t ce qui eft amiable:fa voix belle Se claire^qui
reprefente ce qui peut efmouuoir le defir, foit par la veue,foit par
l'ouye , à aimer ou la vertu , ou fon contraire. Car le defir aux vns eft
l'inftrument de falut : Se aux autres l'inftrument de perdition Se rui-
ne. L'exercice Se occupation de cefte Circé eft à chanter , Se faire des
ouurages immortels, lemblables a ceux que font les deeffes : le chant
fignifie l'éloquence diuine , Se difcours de la vérité , Se les ouurages fî-
gnifient les ades vertueux qui fe font par ceux qui font efmeus par le
defir de gloire, bonne renommée Se immortalité. Les Naiades Se
Dryades, qui font les nymphes des eaux Se des bois : c eft à dire les
bons efprits diffus par tout IVniuers/ont les feruantcs de cefte Royne,
quiviuentauec elle en tout plaifir & liberté , s'occupent â aflembler
les herbes Se fleurs les plus exquifes delà terre, pour feruir aux fins de-
ftinees par leur maiftrefie : Ce que fignifie les vertus Se fciences, par
lefquelles le defir des efprits des hommes eft préparé Se difpofé à bien.
D'autrepart la Circé auoit en fon palais plufieurs lyons,ourSj& loups,
lefquels aùoy ent du tout perdu leur naturel , Se eftoyent deuenus mi-
gnards Sc flateurs comme chiens priuez ; ce qui nous reprefente que
le defir brutal fait perdre la valeur Se courage de tous les plus magna-
nimes pcrfonnages, Se les rend fans courage Se force , Se du tout ef-
claucs de la volupté. La Circé par vne forte de bruuagc conuertifiToit
les hommes en beftes. Se par vn autre remède elle leur reftituoit
leur vray eftre & forme humaine : par cecy les poétes,premiers inuen-
teurs de toute philofophie , nous ont voulu monftrer que ce mefme
defir eftant employé à la volupté Se au vice , nous rend plus brutaulx
que les beftes mefmes.Ce que neantmoins eftant par Taide diuine im-
bué des préceptes de la vertu , rend aux hommes leur vraye forme. Se
les deliure delaferuitudebeftialeduvice5&: volupté , félon ce que
dit eft en gênerai. Les compagnons d'Vlyffe en particulier,qui arriue-
rent vers cefte Royne, mal garnis Se préparez de la vertu , appellee par
les Grecs r^aûpinç, qui eft la puiftance elediue: lefquels à leur premiè-
re arriuee fe font amufez à boire Se à manger, qui fignifie le plaifir
fenfuel, qui a efté le moyen par lequel ils ont efté conuertis en pour-
ceaux : Nous enfeignent que ceux qui s'abandonnent à la volupté.
Se s'eny urcnt des dehces , deuienncnt falles comme pourceaux, Se de-
BALET COMIQJV'E.
meurent prifonniers &c captifs aux vices : mais VlyfTes , qui eft l'hom-
me vertueux 5 arriué vers ce defir , alTifté de l'aide diuine , ôc garni du
Moly , qui lignifie la raifon & eftincelle diuine de nos ames , il n cft
point tranfmué de fa forme humaine-.ains par (à valeur & courage ver-
tueux, fe rend victorieux par delTus le defir. Se le contraint de reftituer
fcs compagnons tranfmueZjâ leur vraye forme humaine.Ce que nous
-admonneite que la raifon alîîftee de l'aide diuine eft le feul ôc vnique
moyen qui refrène le defir des voluptez,& de la captiuité &c feruitude
des délices.
De ce petit difcours de l'allégorie de la fable de Circé Ion peut bien
veoir l'idée Ôc l'exemple de vertu que la Royne accompagnée des
princelfcs & dames de fa Court , areprefentezfousiesperfonnes des
Naiadcs,qui fignifient les plaifirs &: délices immortelles, qui atti-
rent le defir mené parla vertu à s'employer &c s'exercer es ades ge-
ncrcufes 5c valeurcufes,& pour admonnefter tous qu'il ne faut point
defirer ce qui eft beau 5c reluifant exterieuremet, m.ais beaucoup plus
la beauté intérieure 5c moins apparente. D'autre part par les animaux
prifonniers au palais de Circé , on a voulu monftrer la feruitude mifè-
rable de ceux qui font menez du defir brutal de la volupté , qui feduic
les homes par vne apparence d'vne beauté extérieure, qui eft en effeâ:
vne ruine èc perdition éternelle.
FIN.
Extrait du priuilcgc.
PA R lettres patentes <îuRoy , données à Paris le x 1 1 1. Fcurier m. D. t x x x 1 1.
fignccs. Par le Roy, b rv l a R t , & feellecs fur fimple queue de cire iaulnc : Il
cft permis à maiftre laques latin , peintre ordinaire du Roy & de la Roync fou cC-
oufc: Démettre en lumière & faire imprimer par tel Imprimeur que bonluyfcm-
lera , vn Hure intitulé , Balet comique de la Royne,fait aux nopces de monfieui le
Duc de loyeufe : auec dcfenfes trefexprefles à tous Libraires , Imprimeurs , 6c tail-
leurs d'hiftoires , de n'imprimer, faire imprimer, ou tailler aucunes figures dudic
liure, pendant & durant le temps de neuf ans , (ans le congé & confcntemcnt dudit
Patin. Sur peine (Je confifcation defdits liures , defpens, dommages & imcrcfts, &
d'amende arbitraire.
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